Synthèse de 4 entretiens entre la DMDTS et la Fédé - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Synthèse de 4 entretiens entre la DMDTS et la Fédé

dimanche 17 mars 2002
par  lafede

La DMDTS (représentée par Elena Dapporto, chargée de mission pour les arts de la rue et les arts de la piste, et Marie Moreau-Descoings, inspectrice de la création et de l’enseignement artistique pour les arts de la rue) et le Bureau de la Fédération – association professionnelle des arts de la rue (Bruno Schnebelin, Jean Chamaillé, Daniel Andrieu, René Marion et Ema Drouin) se sont réunis fin 2001 afin d’établir un état des lieux de la situation des arts de la rue.

Quatre rendez-vous ont eu lieu entre le 8 novembre et le 14 décembre 2001 :
- le 8 novembre : Bruno Schnebelin et Jean Chamaillé, Marie Moreau-Descoings, Elena Dapporto
- le 27 novembre : Daniel Andrieu et Jean Chamaillé, Marie-Moreau-Descoings, Elena Dapporto
- le 6 décembre : Daniel Andrieu, Jean Chamaillé et René Marion, Marie Moreau-Descoings, Elena Dapporto
- le 14 décembre : Daniel Andrieu, Jean Chamaillé, Ema Drouin et René Marion, Marie Moreau-Descoings.

La coordinatrice générale de la Fédération, Pascale Canivet, était présente à l’ensemble des entretiens.

Méthode de travail
Les axes de travail ont été déterminés lors du premier entretien comme suit :
- les aides financières pour la création aussi bien en centrale (DMDTS) qu’en région (DRACs),
- les arts de la rue et les lieux ;
- la circulation et la production des œuvres (festivals, saisons…)
- les centres de ressources et leur complémentarité ;
- la formation initiale et professionnelle et l’emploi.

I - Les aides financières

Des aides aux compagnies sont attribuées en région après avis consultatif des comités d’experts (elles font partie du droit commun) : les conventionnements de compagnies et les aides à la production.

En ce qui concerne le conventionnement des compagnies, d’une part, il est à noter que le nombre de compagnies conventionnées est restreint (21 en 2000). D’autre part, certaines compagnies conventionnées reçoivent un montant en dessous du plancher minimal (soit 1 MF sur trois ans). Enfin certaines compagnies déjà distinguées et reconnues artistiquement nécessitent l’obtention de financements au-delà du plancher étant donné leur mode de fonctionnement et l’ampleur de leurs créations (notamment œuvres monumentales).

Par ailleurs, il est souligné que l’objectif de deux créations sur trois ans n’est pas réaliste pour la majorité des compagnies dites des arts de la rue. Le temps de création du spectacle ainsi que le temps nécessaire à l’évolution de l’œuvre liée à la saisonnalité des représentations concourent à déterminer un objectif réaliste d’une création tous les trois ans.

En ce qui concerne les aides à la production attribuées par les DRACs, il est à noter que certains comités d’experts n’examinent pas, avec toute l’attention qu’ils méritent, les projets " arts de la rue " qui leur sont soumis.

Aussi, est-il essentiel que les consignes ministérielles incitant les DRACs à poursuivre une politique de développement des arts de la rue soient suivies d’effet.

Le déploiement des mesures nouvelles annoncées en 2002 est difficile à tracer, la répartition des crédits globalisés dans chaque DRAC étant appliquée sans possibilité de contrôle a-priori. La DMDTS se doit d’être vigilante sur l’usage des crédits annoncés en 2002 afin que leur dilution sur d’autres secteurs soit évitée (comme cela s’est avéré pour les mesures nouvelles annoncées par Madame Trautman).

Une partie des aides attribuées par le Ministère de la culture est examinée par la Commission nationale d’aide à la résidence d’artistes et à la résidence de production. Ces aides seront augmentées en 2002, selon la DMDTS. Il serait judicieux qu’elles aient une spécificité et ne soient pas uniquement complémentaires comme elles le sont à ce jour, étant donné la dimension nationale des productions aidées.

Une partie de ces aides doit permettre l’émergence de jeunes compagnies, une autre doit servir à soutenir des grosses productions et des compagnies non-conventionnées, une dernière partie de cette aide doit permettre une aide aux projets spécifiques, innovants en matière d’écriture pour l’espace public.

La somme dont la Commission nationale dispose doit être renforcée par des financements provenant d’autres services de l’État tels que la D.I.V. et le MONUM, par exemple.

Enfin, une dernière aide actuellement existante en centrale (titre VI) peut servir à accompagner les dispositifs scénographiques lourds.

II- Les arts de la rue et les lieux

On observe qu’en ce qui concerne le réseau national des institutions culturelles et artistiques soutenues par l’État seules trois scènes nationales, le Channel à Calais, Culture Commune à Loos-en-Gohelle, la Ferme du Buisson à Marne la Vallée, une scène conventionnée, l’Avant-Scène à Cognac, et un établissement public, la Grande Halle de la Villette, pratiquent une politique en faveur des arts de la rue.

Les lieux de création des arts de la rue sont en grande majorité des lieux spécifiques.

Néanmoins, ces lieux dédiés aux arts de la rue disposent de moyens qui ne leur permettent pas d’appliquer des politiques de résidence à la mesure des besoins liés au développement des arts de la rue. Pourtant, ils offrent des conditions de travail professionnelles pour les compagnies en phase de création : ateliers de fabrication, hébergement, restauration, possibilité de monstration des étapes de création aux publics de proximité.

Cette situation est liée en partie à la faiblesse de l’investissement de l’État qui reste insuffisant même si une évolution a été notée ces dernières années. Un partenariat plus affirmé de l’État permettrait également de pallier la fragilité structurelle des lieux spécifiques qui restent, pour la majorité d’entre eux, dépendants des changements de politiques culturelles locales.

Enfin, il est important d’envisager la labellisation comme scènes nationales et scènes conventionnées de scènes fortement impliquées dans la diffusion et la production de spectacles pour l’espace public.

Rappelons que ces lieux ayant pour objectif, entre autres missions, de développer des partenariats avec d’autres structures culturelles, leur reconnaissance plus appuyée de la part de l’État multiplierait les partenariats potentiels.

III - La circulation et la production des œuvres (festivals, saisons…)

Le secteur des arts de la rue est confronté à une situation préoccupante en ce qui concerne la circulation et la production des œuvres destinées à l’espace public.

En effet, d’une part, le réseau actuel des producteurs de spectacles " arts de la rue " est insuffisant pour faire face à la diversité et au nombre des projets de création de qualité. D’autre part, les organisateurs de festivals sont soumis à une double contrainte : proposer des spectacles de qualité en nombre avec des moyens très en dessous des besoins.

La situation actuelle est d’autant plus inextricable qu’à ce jour les organisateurs sont majoritairement les producteurs des arts de la rue. Très peu de co-producteurs font partie des réseaux artistiques et culturels nationaux.

Aussi, le développement des arts de la rue nécessite-t-il la mise en place de mesures visant à renforcer la logique économique des lieux spécifiques aux arts de la rue, à aider les formes artistiques économiquement peu viables, à soutenir les initiatives des scènes qui accompagnent les arts de la rue aussi bien en co-production qu’en diffusion festivalière ou saisonnière, et à élargir les réseaux de financement, notamment avec l’ONDA.

Enfin, il est à noter que les spectacles de rue circulent fréquemment à l’étranger. Ils représentent, en bonne part, le spectacle vivant français au niveau international, et contribuent, de cette manière, au rayonnement de la France dans le monde entier. Aussi, est-il important de renforcer les dispositifs d’aide à la circulation des œuvres à l’étranger ainsi que les initiatives internationales qui contribuent au développement des arts de la rue.

IV - Les centres de ressources et leur complémentarité

La constitution du patrimoine des arts de la rue et sa conservation est au cœur de la problématique des centres de ressources.

Divers projets de centres de ressources sur les arts de la rue se mettent en place.

Leur apparition pose la question de l’évolution des missions du centre de ressources institutionnel des arts de la rue HorsLesMurs et de la complémentarité des centres de ressources naissants. Il est essentiel de mettre en place une cellule de réflexion afin que des stratégies complémentaires et communes soient adoptées.

Les publics des centres de ressources sont composés des spectateurs, d’étudiants, des praticiens-amateurs, de la profession, des médias et des élus. Deux axes de travail pour les centres de ressources se dégagent : la recherche et la vulgarisation. Des fonds, des outils et des bases de données restent à développer.

V - Formation initiale et professionnelle et emploi

Des besoins importants en matière de formation ont été soulignés par le rapport de Franceline Spielmann. Les formations spécifiques aux arts de la rue restent peu développées à ce jour.

La mise en place de formations spécifiques aux arts de la rue doit prendre en compte l’aménagement du territoire et la dimension européenne.

Globalement, les besoins en formations spécifiques concernent l’ensemble des personnes impliquées par les arts de la rue : les artistes, les équipes techniques y compris celles des collectivités locales, les programmateurs, les élus et les personnels municipaux, le milieu enseignant dans le cadre des classes à projet culturel.

L’État a un rôle de moteur à jouer pour mettre en place des dispositifs de formation visant à assurer la transmission du savoir-faire des anciennes équipes aux jeunes équipes, à consolider les emplois des jeunes professionnels, notamment les salariés en contrats nouveaux-services-emplois-jeunes, à améliorer la représentation des spectacles dans l’espace public, et de manière générale à contribuer à augmenter la qualité des spectacles proposés au public.

LE RÔLE DE LA FÉDÉRATION

La Fédération sollicite le soutien de l’État afin de maintenir et développer ses activités.

La Fédération -association professionnelle des arts de la rue- est une jeune organisation (quatre ans fin 2001).

Elle représente un interlocuteur représentatif des préoccupations de la profession pour le Ministère de la Culture, pour d’autres ministères (ministère des finances, ministère de l’emploi, secrétariat d’État à l’économie solidaire…) et pour les collectivités locales et territoriales.

Elle constitue un lieu de débat, de réflexion et de recherche pour les arts de la rue et concourre ainsi activement au développement du secteur.

Elle construit des outils utiles à la profession qu’elle met également à la disposition des autres professionnels du spectacle vivant qui lui en font la demande : réseau international, soutien aux équipes en difficulté, avancées sur la fiscalité des entreprises culturelles et artistiques, radioscopie des lieux spécifiques aux arts de la rue, accompagnement des projets de formation.

Elle touche une grande diversité d’acteurs des arts de la rue. A ses adhérents naturels -artistes, organisateurs, techniciens et administrateurs- se joignent de nouveaux adhérents (services culturels municipaux et organisateurs étrangers).

Elle est sollicitée par des festivals à l’étranger pour transmettre son savoir-faire aux professionnels des autres pays (Belgique, Canada, Espagne, Grande-Bretagne, Australie, Corée).

Elle développe des fédérations en région, 5 en 2001, plusieurs en projet pour 2002, et accompagne ainsi la décentralisation.

L’ensemble de ces missions sont issues de la nécessité et sont mises en place en fonction des demandes de la profession et de ses partenaires. Elles sont prises en charge bénévolement en grande partie par les adhérents qui donnent leur temps, leur énergie et leur savoir-faire quand ils en ont la possibilité.

Cependant, des moyens sont nécessaires afin d’assurer une coordination effective des activités, de disposer de locaux, de communiquer avec la profession et les médias, d’assurer un suivi des fédérations qui se développent en région, de défrayer les adhérents qui disposent de peu de moyens pour représenter la profession auprès des interlocuteurs qui les sollicitent.

Aujourd’hui, la Fédération dispose d’une subvention publique attribuée par la DMDTS d’un montant de 250 000 francs (38 112, 25 euros). Elle demande le doublement de ce soutien -soit 500 000 francs (76 225 euros)- ainsi qu’une convention triennale, qui lui permettrait, notamment, d’accompagner la consolidation et le développement des arts de la rue jusqu’en 2004 avec les moyens nécessaires pour assurer son fonctionnement.


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