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4 millions de francs de mesures nouvelles pour les Arts de la Rue en 2 000...
vendredi 10 décembre 1999
par  lafede

Ce montant, présenté par le ministère de la Culture et de la Communication comme "la poursuite du soutien à la structuration et à la professionnalisation du secteur" [1] correspond environ au 1/10ème du budget d’une importante opération événementielle de communication non à celui d’une aide à la restructuration d’un secteur.

"La Fédération" (Association Professionnelle des Arts de la Rue) interroge le ministère de la Culture et de la Communication sur la lisibilité et le réalisme de son soutien.

Un an après...

En janvier 1999, lors de sa conférence de presse sur le spectacle vivant, Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication, déclarait donner "la priorité à des formes essentielles par leur vitalité comme les Arts de la Rue" et débloquait en leur faveur 9 millions de francs de mesures nouvelles pour un début de remise à niveau du soutien de l’Etat à ces formes artistiques.

La profession saluait la mise en place de ces mesures tout en évaluant très vite qu’elles ne répondraient que très partiellement aux besoins essentiels d’un domaine artistique trop longtemps oublié. Ses craintes sont d’autant plus confirmées que "La Fédération" (Association Professionnelle des Arts de la Rue) s’est appliquée à suivre la réalité concrète de ces subventions et n’en a retrouvé qu’au maximum 7,9 millions de francs.

Cette "disparition" d’au moins 1 million de francs est de plus confirmée par le ministère lui-même qui, répondant dans le Bulletin Officiel de l’Assemblée Nationale (18/10/99) à l’interrogation d’un député, écrivait : "Depuis 1998, le soutien aux Arts de la Rue figure parmi les priorités d’intervention du ministère de la Culture et de la Communication. Le plan de développement engagé en 1998 (3 millions de francs de mesures nouvelles) a été amplifié et conforté en 1999 avec 8 millions de francs de mesures nouvelles selon quatre axes d’intervention : les compagnies et leurs conventionnements, les lieux de fabrication, la diffusion, la professionnalisation du secteur".

"La Fédération" demande des éclaircissements au ministère sur le montant et la ventilation exacts des subventions attribuées aux Arts de la Rue en 1999.

An 2000

Les Arts de la Rue contribueront largement à fêter le passage au troisième millénaire (Grandes Roues des Champs-Elysées, embrasement de la Tour Eiffel, Réveillon des Boulons à Montbéliard, Destinia à Rodez, sans compter la participation à de nombreuses "Portes" et autres mises en effervescence de villes et villages...)

Confiante en l’élan impulsé par la ministre, la profession espérait que le soutien apporté en 1999 allait, sinon être amplifié en 2000, au moins être conforté. Or, seulement 4 millions de francs de mesures nouvelles leur ont été attribués pour l’année à venir.

Est-ce à dire que le montant des mesures nouvelles de 99 consistait en une mesure de rattrapage et que le ministère de la Culture estime que les Arts de la Rue ont d’ores et déjà atteint leur budget de croisière ?
Ce n’est pas l’engagement que l’on pouvait lire dans le discours du 12 janvier 99 où la ministre constatant "une érosion régulière des financements publics et une absence de vision globale" pour le spectacle vivant en général et les Arts de la Rue en particulier, affirmait : "Il était donc absolument nécessaire d’engager une inversion radicale de cette tendance et d’inscrire l’action du ministère dans la durée".
Ce manque de moyens pose à la profession un problème crucial de qualité et de cohérence d’une part, de légitimité d’autre part.

Qualité et cohérence

La création pour les Arts de la Rue, creuset d’invention d’écritures artistiques et de formes de représentation, a grandi dans une économie précaire et a largement joué du système D. Aujourd’hui, il est essentiel de préserver l’esprit qui a présidé à l’éclosion de ses compagnies tout en confortant les moyens de productions. C’est à cette seule condition que les Arts de la Rue pourront montrer leur aptitude à participer au renouvellement du théâtre "public" et plus largement au débat qui les concerne tous, celui de la démocratie culturelle.

Outre la création du texte, du geste, des dispositifs scénographiques et de l’appareillage technique qui s’ensuivent, les Arts de la Rue doivent anticiper le contexte de la représentation et ses aléas. C’est leur gage de qualité que de pouvoir professionnellement se poser ces multiples questions. La cohérence n’étant que l’assurance de la qualité sur du long terme et la projection de cette exigence dans le futur.
Les lieux de fabrique des Arts de la Rue sont dans cette même logique, assurant à la fois création, production, résidence et souvent aussi diffusion de leurs pratiques transdisciplinaires.

Aussi, le réseau des Arts de la Rue ne peut-il s’engager dans une professionnalisation de ses pratiques artistiques de façon structurante et lisible sans l’assurance de moyens permettant qualité et cohérence.
C’est la question que la profession pose pour l’ensemble des pôles structurants du réseau, les lieux de fabrique et l’unique Centre national de création des Arts de la Rue, Lieux Publics.

Légitimité

4 millions de francs ! C’est moins du 1/10ème du budget confié à une agence de communication pour la parade d’ouverture du Mondial à Paris [2]... Le budget d’une opération, non celui d’une aide en "quatre axes d’intervention" (cf. supra).

Les Arts de la Rue sont d’actualité - et non pas de mode - parce qu’ils posent et transposent les questions essentielles aux yeux de tous, tutelles comprises : la question du rapport à l’espace, au territoire (les Arts de la Rue sont les révélateurs des "espaces publics" au sens physique et politique du terme), du compagnonnage, celle de la gratuité ou du faible prix mais encore la question de l’innovation en terme de formes, de production, de diffusion, de lieux. La culture a besoin de ce questionnement en ce moment.
Les Arts de la Rue ont accueilli l’engagement du ministère à les accompagner avec d’autant plus d’espoir que, souvent fragilisés par l’instrumentalisation et les dérives de l’animatoire, ils savaient que leur légitimité restait encore à conquérir, en tout cas à asseoir. Un an ne peut y suffire et chacun sait que la légitimité s’estime aussi en poids financier.

Il s’agit alors de lisibilité et c’est bien ce soutien à résonance multiple et de longue durée que les Arts de la Rue revendiquent du ministère.

Merci de bien vouloir vous en faire l’écho dans vos colonnes.
Nous nous tenons bien sûr à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Contacts :
- Maud Le Floc’h (Cie Off), vice -présidente de "La Fédération". Tél : 02 47 41 81 81
- Anne Guiot, coordinatrice générale de "La Fédération"
Tél : 04 90 49 74 24


Zooms & rappels

1 - Identité

"La Fédération" regroupe les principaux festivals, le Centre national de création des Arts de la Rue (Lieux Publics), les lieux de fabrique et l’essentiel des compagnies et des créateurs. Elle a pour mission d’œuvrer à une réelle reconnaissance professionnelle, artistique et juridique, des Arts de la Rue dans le domaine de l’art contemporain et du spectacle vivant. A ce titre, "La Fédération" est désormais reconnue par les pouvoirs publics comme l’interlocuteur représentatif des artistes et des professionnels des Arts de la Rue.

Pour mémoire, conseils d’administrations et membres fondateurs de "La Fédération" depuis sa création en 1997 :
Daniel Andrieu (Affaires Culturelles et Festival Viva Cité de Sotteville-les-Rouen), Cathy Avram (Cie Générik Vapeur), Nicole Behmeleit (Kulturbüro de Köln), Bernard Bellot (Cie Samu), Pierre Berthelot (Cie Générik Vapeur), Barthélémy Bompard (Cie Kumulus), Michèle Bosseur (Le Fourneau de Brest), Frank Bouilleaux (Lieux Publics), Gérard Burattini (Cie L’Illustre Famille Burattini), Brigitte Burdin (Cie Transe Express), Jean-Chamaillé (Cie Jo Bitume), Philippe Chaudoir (Université de Lyon 2), Catherine Coppéré-Jannelle ( Cie Métalovoice), Michel Crespin (Lieux Publics), Bruno de Beaufort (Cie Amoros & Augustin), Hervée De Lafond (Centre d’Art et de Plaisanterie-Scène Nationale de Montbéliard et Théâtre de l’Unité), Ema Drouin (Cie 2ème Groupe d’Intervention), Frédéric Duperray (Cie Hector Protector), Claudine Dussollier, Frank Fleishmaher (Cies Kumulus et Les Piétons), Philippe Freslon (Cie Off), Denis Grzeszczak (Cie 12 Balles dans la Peau), Annick Hémon (Cie Les Charmeurs Réunis), Jean-Raymond Jacob (Cie Oposito), Enrique Jimenez (Cie Oposito), Pierre Layac (Festival Chalon dans la rue), Maud Le Floc’h (Cie Off & Paris Quartier d’Eté), Jacques Livchine (Centre d’Art et de Plaisanterie-Scène Nationale de Montbéliard et Théâtre de l’Unité), Jean-Marie Maddedu (Cie Les Piétons), René Marion (L’Avant-Scène de Cognac), Claude Morizur (Le Fourneau de Brest), Serge Noyelle (Théâtre de Châtillon), Pierre Oréfice (Cie Royal de Luxe), Patrice Papelard (Ville de Lyon), Philippe Phéraille (Cie Le Phun), Palmira Picon-Archier (Festival d’Annonay), Jacques Quentin (Festival Chalon dans la Rue), Pierre Raynaud (Athéna), Gilles Rhode (Cie Transe Express), José Rubio (Parc & Grande Halle de La Villette), Philippe Saunier-Borell (Affaires Culturelles de St-Gaudens), Pierre Sauvageot (Décor Sonore), Robert Savigny (Cie Le Phun), Bruno Schnebelin (Cie Ilotopie), Jean-Marie Songy (Festivals d’Aurillac et Furies-en-Champagne), Didier Taudière (Cie C.I.A.), Jeff Thiébaut (Cie Délices Dada), Marie Tognet (Cie Délices Dada), Jean-Félix Tirtiaux (Festival Namur en Mai).

2 -Conseil d’administration actuel

Lors de son Assemblée Générale, le 22 octobre 1999, un nouveau Conseil d’Administration et un nouveau Bureau ont été élus.

Ils se composent comme suit :

Le Conseil d’Administration

- Daniel Andrieu, (Affaires Culturelles de Sotteville & festival Viva Cité)
- Nicole Behmeleit (Kultuburo)
- Bernard Bellot (Cie Le S.A.M.U.)
- Barthélémy Bompard (Cie Kumulus)
- Michèle Bosseur (Le Fourneau)
- Jean Chamaillé (Cie Jo Bithume)
- Philippe Chaudoir (Université de Lyon II)
- Catherine Coppéré-Jannelle (Cie Metalovoice)
- Michel Crespin (Centre National de Création des Arts de la Rue, Lieux Publics)
- Bruno de Beaufort (Cie Amoros & Augustin)
- Hervée de Lafond (Théâtre de l’Unité)
- Emma Drouin (Cie 2ème Groupe d’Intervention)
- Frédéric Duperray (Cie Hector Protector)
- Frank Fleismaher (Cie Kumulus)
- Denis Grzeszczak (Cie 12 Balles dans la Peau)
- Maud Le Floch (Cie Off)
- Palmira Picon-Archier (Festival d’Annonay)
- José Rubio (EPPGHV de La Villette)
- Pierre Sauvageot (Décor Sonore)
- Robert Savigny (L’Usine)
- Bruno Schnebelin (Cie Ilotopie)
- Jean-Marie Songy (Festival d’Aurillac)
- Didier Taudière (Cie C.I.A.)
- Marie Tognet (Cie Délices Dada)
- Jean-Félix Tirtiaux (Festival Namur en Mai)

Le Bureau
- Daniel Andrieu, vice-président
- Jean Chamaillé, trésorier
- Maud Le Floch, vice-présidente
- Pierre Sauvageot, vice-président
- Robert Savigny, secrétaire général
- Bruno Schnebelin, président

3 - Motions d’actualité

"La Fédération" (Association Professionnelle des Arts de la Rue) a voté, lors de son assembléee générale, les motions d’actualité suivantes :
- salue les premiers choix de Madame Catherine Trautmann, Ministre de la Culture, en faveur des Arts de la Rue, et revendique avec force l’amplification de ces mesures pour que ce courant artistique obtiennent les moyens nécessaires à son travail de création et de diffusion auprès des publics.
- s’insurge contre la baisse constatée entre les mesures annoncées (9 MF) et la réalité financière sur le terrain (7,9 MF), réclame une transparence des chiffres, et demande instamment que les sommes non réparties en 99 (1,1 MF) soient immédiatement employées pour soutenir le réseau des Arts de la Rue.
- apprécie que 8 nouvelles compagnies aient été conventionnées en 99, mais déplore ce nombre limité alors que le conventionnement était présenté comme la priorité de l’année, proteste vigoureusement contre les conventionnements "à la carte", d’une durée et d’un montant très inférieurs à ceux annoncés publiquement par la Ministre et le directeur de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et du Spectacle Vivant (DMDTS), et demande que le rattrapage soit effectif dès 2000.
- s’inquiète de la disparition subite au sein de la DMDTS de la Mission pour les formes spécifiques et les esthétiques nouvelles après juste un an d’existence, et donc de l’absence d’un interlocuteur central et pluridisciplinaire alors que la prise en compte des Arts de la Rue au sein du réseau culturel est encore embryonnaire.
- seule entité à porter une parole collective de la profession (artistes, compagnies, festivals, lieux de fabrique, centre national...), entend à ce titre être consultée et associée avant chaque initiative concernant les Arts de la Rue.
- demande à ce que son projet stratégique, qui définit des axes de développement à long terme pour la création, la diffusion, la formation, le réseau structurant et l’ensemble des problématiques des Arts de la Rue, soit systématiquement pris en compte dans les projets concernant notre mouvance.
- s’insurge contre le statut fiscal imposé aux compagnies artistiques (l’État reprenant d’une main ce qu’il accorde de l’autre), et demande que s’ouvrent des négociations sur le statut des entreprises culturelles.
- insiste sur la nécessité du maintien et du renforcement financier de la commission nationale d’aide à la création pour les Arts de la Rue.
- demande à rencontrer personnellement Madame la Ministre le plus rapidement possible pour, comme elle l’avait proposé, continuer la dialogue sur le développement à court et à long terme des Arts de la Rue.


[1Extrait du point de presse de Dominique Wallon, Directeur de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, sur le budget 2 000 (théâtre et arts du spectacle), le mercredi 27 octobre 99

[2La parade d’ouverture du Mondial à Paris, conçu et organisé par Jean-Pascal Levy-Trumet, créateur d’événements au profit notamment d’entreprises, a coûté 50 millions de francs.


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