Le temps des arts de la rue, un horizon d’avenir (contribution de Serge Van der Hoeven)

mardi 30 novembre 2004
par  lafede

Partout en France, des élus, des artistes, des compagnies, des acteurs culturels s’interrogent. Comment repenser la politique culturelle et son renouvellement ? Comment travailler à la médiation entre l’offre culturelle et la population d’un pays où les pratiques culturelles sont souvent dépendantes des appartenances sociales ? Comment faire évoluer notre héritage ? Comment décadenasser ? Mieux partager ? Rééquilibrer ? Comment accompagner les nouvelles initiatives ?

Aussi, dans ce contexte, je suis particulièrement heureux qu’un Temps pour les arts de la rue se dessine dans le paysage culturel pour la simple et bonne raison qu’il me semble suggérer des nouvelles voies pour relancer un débat sur la nécessité d’un art vivant dans une société où la référence tend à devenir la culture du divertissement.

Je suis très heureux qu’après plus de trente ans d’accroissement des arts de la rue et d’engouement grandissant des publics, enfin, nous puissions marquer le pas avec une initiative d’ampleur nationale et contribuer à rendre incontournable cet art qui n’a plus à faire la preuve ni de son importance, ni de sa créativité.

Que faut-il attendre de ce Temps des arts de la rue ?

Les arts de la rue ne sont pas du vide qu’il faut remplir, mais bien du plein qu’il faut accompagner avec des moyens adaptés. Aussi, une politique d’intervention significative de tous les partenaires -État, collectivités locales et territoriales -accompagnée de budgets adéquats, est à mon sens une des conditions du succès de ce Temps des arts de la rue . Si de nombreux élus locaux ont jusqu’à présent démontré leur engagement et joué un rôle essentiel dans la création des festivals et de lieux de création, le renforcement et l’élargissement de ces partenariats entre les élus de toutes les collectivités, les acteurs culturels institutionnels ou pas, et les artistes me semblent une priorité.

Priorité d’autant plus évidente que ces formes d’intervention dans l’espace public incarne des valeurs défendues par les politiques publiques ; elles sont porteuses de cohésion sociale et constituent un formidable vivier d’initiatives pour la démocratie locale. Le ré-appropriation de l’espace public par tous, l’accès de tous les publics à la culture, le rapport instantané de l’artiste au public, son engagement, sa mise en danger, le renouvellement constant de la discipline sont autant de dimensions qui participent de la démocratie culturelle que nous nous attelons à construire. En cela, tous devons nous sentir concernés par ce Temps des arts de la rue capables de constituer une trait d’union entre les collectivités, les artistes, les populations.

La dimension territoriale est aussi un élément clé des arts de la rue et de son succès populaire. Il existe aujourd’hui un premier réseau de lieux pour la production, la diffusion et l’élargissement des publics. A mes yeux, un des principaux enjeu de ce Temps des arts de la rue consistera à consolider ce maillage encore fragile des pôles artistiques de référence et des pôles artistiques en émergence. Créer des pôles structurants, développer des initiatives pilotes sur les territoires, développer le conventionnement des compagnies, soutenir la jeune création, la recherche et l’expérimentation, les projets hors cadre, appuyer la formation est indispensable et ce dans la continuité de l’action sur un territoire.

Je voudrais aussi insister sur l’importance du renforcement de l’aide au fonctionnement qui permettrait à tous les acteurs du secteur de se consacrer à des projets d’envergure tout en assumant pleinement leurs responsabilités.

Je souhaite plus que tout qu’il soit ici question de projets durables ; que ce Temps des arts de la rue soit autre chose qu’un phénomène événementiel et qu’il participe sur les territoires à l’élaboration collective de projets qui donnent du sens et de l’humanisme à la vie, qui redonnent des horizons aux populations et qui transforment la ville en un laboratoire permanent.

Dans ce sens, je réaffirme mon engagement dans l’accompagnement de cette nouvelle phase de développement des arts de la rue et ma confiance aux artistes qui sauront créer un bouillonnement d’idées et mettre de l’audace dans leurs propositions artistiques.

Que ce Temps des arts de la rue nous rassemble. C’est l’avenir de la culture en France et la façon de penser dont il est question. C’est pour moi le sens véritable à donner à ce Temps des arts de la rue. Sa réussite dépendra de la capacité de tous à maintenir une réflexion ouverte et constructive, à partager les responsabilités, à éviter toute velléité clientéliste ou toute vision dogmatique, à rejeter les idées préconçues et à explorer de nouveaux chemins.


Sites favoris


9 sites référencés dans ce secteur