Texte de Didier-Georges Gabily - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Texte de Didier-Georges Gabily

mardi 18 mars 2008
par  lafede

« Souvent, j’ai dit qu’après Gibiers du Temps3, j’arrêterai d’écrire pour le théâtre et, même, de faire de la mise en scène. Deux ans d’arrêt, au moins, pour se ressourcer et se défaire d’une pression qui est grande et va toujours croissante.

Ca tient à notre manière de penser et de faire du théâtre... on ne fait pas du spectacle. Je ne fais pas ce que je fais pour faire des spectacles et monter un classique deux fois par an. Alors faire du théâtre à l’avenir... On va avoir à se bagarrer réellement, durement, comme à l’époque de Noisette. L’idée que l’Etat nous reconnaîtra aussi vite qu’avant a vécu.
Maintenant, il faut se démener pour un sou, sou par sou. En face, ils ont l’impression de nous faire un cadeau dès qu’il nous file 30 000 FF par an en guise de subvention. Ils ne tiennent pas compte d’une réalité : la compagnie T’Chan’G, c’est un employeur, 25 à 30 personnes à salarier. Si l’on parle avec les indices qui sont les leurs, c’est une PME qui connaît un chômage 7 mois sur 12. Pour autant, ce n’est pas une PME qui est improductive et qui, réellement, se soucie de l’argent public et de l’engagement de l’Etat. Simplement ce souci n’emprunte pas les mêmes voies que celle du marché. L’argent investi est redistribué au public, au spectateur, sous la forme du travail de l’acteur, à travers un petit bout de décors.

La sueur est le dividende de ce marché. Droite ou gauche, il est difficile d’envisager l’avenir. Ce ne sera pas la droite de Malraux, mais une autre droite qui oublie son héritage et les engagements imposés. Jusqu’à peu, on pouvait leur renvoyer le bébé, leur dire que la décentralisation c’est une idée d’eux. C’est Malraux qui la voulait. Même Toubon est obligé d’en tenir compte et de surfer avec cette idée à la con de "grandeur culturelle" de la France. Mais cette droite-là n’est pas celle d’un Alain Madelin. Lui, c’est l’ultra libéralisme. Récupérer un type comme ça à la culture, ça serait une catastrophe absolue. Lui c’est un liquidateur. La liquidation a commencé d’ailleurs, par le bas. On ne touchera pas aux grosses maisons pour ne pas faire de vagues. Mais on s’en prendra à des compagnies comme nous. Des petites compagnies qui dérouillent.

Enfin, c’est aussi plus complexe parce qu’en diminuant les budgets des grosses maisons, on sait bien que ça se reporte sur leur soutien à des compagnies comme nous.
Comment ça pourrait se traduire autrement. Les grosses maisons ne reviendront pas sur leur fonctionnement et leurs créations. Alors si la création souffre, ça sera chez les créateurs invités. Et ce qui disparaîtra, c’est la part de risque que nous prenons. C’est pour ça que j’ai parfois envie d’arrêter. Que j’ai envie de me retirer dans un coin tout seul et puis j’écrirai un roman. J’ai cette chance-là de pouvoir me dire ça encore, même si, et j’y pense toujours, c’est trop beau ce qui se passe sur un plateau de théâtre. Que ça on n’a pas envie de l’abandonner.

Que ça, on n’a pas envie de le voir disparaître. Céder maintenant, ça, serait le pire »


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