Rencontre avec F. Spielmann et C. Pijollet (CFPTS) - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Rencontre avec F. Spielmann et C. Pijollet (CFPTS)

Commission Formation & Transmission
vendredi 26 novembre 1999
par  lafede

Présents : Daniel Andrieu (Sotteville-lès-Rouen), Serge Calvier (Nil Admirari), Daniel Casa (Compagnie Pirate), Bernard Colin (Tuchenn), Michel Crespin (Lieux Publics), Olivier Desjardins (DT Sotteville-lès-Rouen et Aurillac), Emmanuelle Drouin (2e groupe d’intervention), Claudine Dussollier, Bruno Ecker (L’arbre à Nomades), Maud Le Floc’h (Compagnie Off), Claude Morizur (Lefourneau.com), Nicolas Pierre (Cie du bout des doigts), José Rubio (La Villette), Elise Robert (Cie Oposito), Pierre Sauvageot (Décor Sonore)
Excusés : Didier Taudière (CIA), Philippe Saunier-Borell (Saint-Gaudens), Phéraille (Le Phun)

Nouvelle réunion de la commission Formation/Transmission à prévoir en janvier

Préalable

Franceline Spielmann après avoir remis un rapport intermédiaire à la DMDTS (en présence de Dominique Wallon, Gilles Detilleux, Rémi Paul, Reine Prat) rencontre La Fédération pour évoquer sa méthode, ses premières pistes de réflexion et évoquer les questions qui restent à poser avant la remise du rapport final prévue pour le 31 décembre 99.

Franceline Spielmann rappelle qu’elle n’est pas un chercheur mais une professionnelle de la formation qui se situe face à des professionnels des Arts de la Rue.

"Je n’ai aucune compétence à juger des Arts de la Rue, à évaluer les formes, les compétences. Je suis à l’écoute des professionnels".
"Je suis chargée de mission par la DMDTS. Le ministère reconnaît le succès des Arts de la Rue auprès des publics autant que sa créativité. L’idée de l’étude étant de renforcer la structuration professionnelle".
"Je précise que le Ministère ne souhaitait pas que je fasse la même chose qu’aurait fait un professionnel des Arts de la Rue"

Méthode

Nature : 50 entretiens semi-directifs (de moins en moins directifs au fil du temps) - 38 professionnels des Arts de la Rue (27 représentants de compagnies, 11 partenaires), 6 personnalités qualifiées, 6 organismes de formation

Échantillon : La Fédération en tant que professionnels reconnus élargie au réseau affinitaire
"Je reconnais que c’est une démarche barbare, le contraire d’une démarche expérimentale, c’est une démarche exploratoire, une sonde posée dans le secteur des Arts de la Rue".

Contacts et échanges avec La Fédération dès le début, entretien avec Michel Crespin en tant que représentant du Centre National, et rencontre avec Philippe Saunier Borrell sur le projet de formation des équipes techniques municipales.

F. Spielmann s’est appuyée sur le "document projet de manifeste professionnel de La Fédération" tout en ayant bien compris qu’il ne s’agissait que d’un document projet. Il lui a été utile pour situer où étaient les questions stratégiques de la profession.

Principaux éléments appréhendés par F.S.

(non exhaustifs, et rapidement brossés dans ce C.R.)

Trois cercles de professionnels répérés :

1 - Le milieu

Tous ceux qui gravitent autour des Arts de la Rue (chercheurs, journalistes, amateurs avisés…) et qui participent au maillage du territoire.

- Avantages : ils participent à donner de la visibilité sociale aux Arts de la Rue
- Inconvénients : "on ne sait pas où ça commence, où ça finit"
Les arts de la rue sont porteurs d’une désacralisation des artistes et d’une proximité revendiquée avec le public.

2 - Des gens de "métier"

Les artistes de rue s’apparentent assez bien à ceux qui, à l’instar des compagnons, possèdent des compétences précises pour produire des "œuvres" uniques, non reproductibles. Pour réaliser ce qu’ils ont imaginé, ils mobilisent ou bien inventent les différents savoirs faire et techniques qui leur sont nécessaires pour y parvenir.

3 - "La profession"

Il y a professionnels quand il y a une association professionnelle et quand les artistes, dans le cas des arts de la rue, se dotent de représentants institutionnels (ce qui suppose de vouloir se présenter et se faire reconnaître). Quel est le rôle d’une association professionnelle dans ce chantier de Formation/Transmission ?

Selon F. Spielman, les fonctions d’une association professionnelle sont :

- Définir les objectifs de la profession
- Définir un système d’expertise (technique et méthodologique, sociale, et gestionnaire quant à la mise en œuvre des savoirs)
- Définir un système de référence
- Développer un système de légitimation
- Développer un système de contrôle d’accès à la profession

En ce sens La Fédération joue un rôle dans cette dynamique de prise de conscience des besoins. Elle participe à la formulation d’une pensée sur ces notions.

Éthique et esthétique

D’une façon plus générale, lors de tous les entretiens, revenait à chaque fois le fait que les Arts de la Rue, ce n’était pas comme ailleurs : "On ne sait pas ce que c’est mais ce n’est pas comme ailleurs". Pour dépasser cette difficulté à exprimer ce qui constitue les arts de la rue, F.S. a repris les discours liés au début des parcours des artistes rencontrés.

Il apparaît que les gens des Arts de la Rue semblent avoir réalisé un détour dans leur vie professionnelle qui les a conduits à faire un choix délibéré vers les Arts de la Rue.
Ils ont cherché, se sont construits. Certains portent ça en eux depuis l’enfance. Les expériences sont très hétérogènes. Certains se sont choisi des maîtres, plutôt à l’extérieur des Arts de la Rue d’ailleurs : philosophe, sociologue, politique...
D’une façon générale, il s’agit de gens qui ne se contentent pas de ce qu’on leur donne mais qui cherchent à faire ce dont ils ont envie.
Il y a dans les Arts de la Rue une éthique (conception d’un système social, philosophie, vision du monde…) et une esthétique (esthétique du détournement).

A l’intérieur de ces deux caractéristiques, il y a des choix artistiques de réseau, des identités d’équipes et le souci de toucher toutes les populations.
Dans les modes d’appropriation des compétences cette relation éthique/esthétique joue et c’est un point à conserver.
Si une équipe n’a pas d’enjeu éthique, fait-elle des Arts de la Rue ?
Si un artiste n’est pas en rapport avec cette esthétique, est il un artiste de rue ?

Chez les "pionniers", les Arts de la Rue se sont développés pour exprimer la vision d’un sujet social qu’ils voulaient traduire en propositions artistiques . Ils ont donc appris à se doter des moyens les plus adaptés pour traduire leurs intentions pour les publics les plus hétérogènes.

Cela suppose :

- Des modes de vie qui mêlent le personnel et le professionnel
- Une transmission qui s’organise par cette proximité physique et conceptuelle : une autre façon d’être en collectif
M. Crespin et quelques autres ont mis en évidence le concept de "rue" : " espace de jeu / espace d’enjeu " (MC).

"La "rue" c’est la métaphore de la chose publique, le dialogue entre sujets socialisés, l’élargissement à un imaginaire en rupture avec le quotidien." (F.S.)

Points forts de la transmission des Arts de la Rue et terminologie

1. "Construire des images"

Beaucoup de rapport au visuel, à "l’image en écriture". Ce qui est important dans l’écriture, c’est ce qui fait trait ! Si on veut parler à tous les publics, on fait appel au stock d’images qu’ils ont dans leur imaginaire. (Intérêt pour différentes cultures, représentation artistique de l’archaïsme…)
Les Arts de la Rue élaborent des mythologies de collectivité (Bernard Colin)

2. "Scénographie urbaine"

3. "Modes de traduction artistique qui bouleversent les repères et les codes", qui détournent et travestissent.

Les stratégies d’investissement de l’espace public Pour un usage public de tous les espaces.
Les Arts de la Rue ne sont jamais didactiques ni explicites mais complètement intentionnels. Entre la "proposition artistique" et "l’intervention", il y a une place vide qui est celle du public. Les Arts de la Rue ont cette préoccupation de laisser une place participante aux publics.

- Pourquoi est-on passé d’un discours sur la transmission à un discours sur la formation/transmission ?

Peut-on traduire cette transmission inter-individuelle et non dite en système ? Comment l’organiser ? Comment penser ce passage ? Franceline Spielman observe que le réseau des arts de la rue s’est nettement élargi ces dernières années, bien que le secteur reste petit en termes financiers. Les équipes tiennent un double discours :

- "Les nouveaux, on voudrait qu’ils soient comme nous pour les reconnaître"
- "Les nouveaux devraient être différents de nous pour étoffer la diversité"

Sur la question de la transmission/formation appliquée aux formes :
La formation oui, mais pas la déformation (crainte de réduire la créativité)

Définition de quelques mots clefs par F. Spielmann

La transmission

Système au sein duquel des gens se risquent à être en position de passeurs (= héritage transformé par leur propre engagement) c’est ce qui fait la diversité. Il n’y a pas de position de maître. La transmission fonctionne s’il n’y a pas de relation de dépendance entre les personnes.
Mais la transmission produit des effets ténus et peu repérables en particulier par le politique et par voie de conséquences par les financeurs. Le monnayage des opérations est donc rendu difficile sauf à travers la constitution des constellations produites autour de soi : coopération, rencontres, échanges...
Je crois qu’il n’y a pas une grande famille mais des familles (tout n’est pas dans tout).

La formation

La formation ou l’enseignement présuppose :

- Des savoir-faire identifiés
- La préoccupation des uns de ce que les autres reçoivent
- Des places identifiées et des contenus identifiables
La formation est utilisée soit :

- Pour faire face à une situation de résolution de problèmes
- Gagner plus d’acquis susceptibles d’amener à mieux faire les choses
- Faire face au changement (adaptation) et/ou anticipation.

"Ce n’est pas parce qu’on se forme qu’on devient meilleur"

La formation ne suppose pas d’obligation de résultat (parce qu’il n’y a pas de reproduction systématique)

"La formation ou la formulation de problèmes ? Nous avons souvent des problèmes de courte vue. Trouvons des mesures anti-courte vue" (B. Colin)

La formation ne doit pas s’organiser par l’acquisition de savoir-faire disciplinaires classiques ni même en dehors du secteur des Arts de la Rue

Pourquoi transmettre ? Que transmettre ? À qui transmettre ?

Le rapport ne correspondra pas nécessairement aux préoccupations directes de La Fédération (D. Wallon lui a fait remarquer qu’elle la mettait beaucoup en avant). Il s’agit de faire émerger des propositions faites par des professionnels des arts de la rue.

Savoirs et savoirs-faire identifiables selon F. Spielmann ?
Éléments de réflexion rapides.

Comme l’évoque M. Crespin, l’acte créatif ne s’enseigne pas mais peut être soutenu.

Une pratique interdisciplinaire

Elle n’est pas d’accord sur le terme, mais croit "que vous essayez d’acquérir ce dont vous avez besoin pour faire vos propositions artistiques, même si certains ont acquis la maîtrise de certaines disciplines".

Métissage des langages

L’apprentissage ne se fait pas tant sur les langages que sur le comment faire éclater les langages (éléments du détournement)

Polyvalence

"Je ne suis pas d’accord non plus sur l’idée de polyvalence (valant la même chose dans plusieurs domaines, non tout n’est pas dans tout)" (F. Spielmann).
La polyvalence traduit aussi de façon très pragmatique un problème d’échelle lié au nombre d’artistes dans une compagnie :"la polyvalence se pose plutôt en termes de division du travail. Elle est d’ordre économique" (B. Colin)

Questions mises en débat, réflexions à poursuivre

- La question de l’effectivité du droit à la formation (accès des salariés aux dispositifs existants). Cette question sera traitée par F. Spielmann dans son rendu.
- La Fédération doit-elle, à partir des pôles structurants répérés, soutenir la création d’un réseau d’appui à l’émergence d’un mode de formation ?
- Trouver les moyens pour valoriser les actions habituelles (accueil de stagiaires, rencontres pendant les festivals, relations avec les amateurs, intégration d’experts ou intervenants…)
- Quelle prise en compte des pratiques proches du compagnonnage au cours du processus de création ?
- La possibilité d’évaluation professionnelle soit sur une proposition, soit sur une réalisation (quelqu’un qui aurait un écrit préalable à un projet pourrait demander une évaluation) - Rôle de La Fédération ?
- Quelle approche possible de formation des Arts de la Rue au sein des dispositifs culturels locaux (lobbying de La Fédération auprès des collectivités territoriales ?)
- Évaluation de certaines formations existantes (Par exemple celle de "responsables technique d’événements d’espaces publics") à envisager (par La Fédération ?)
- Un DESS ajusté aux Arts de la Rue sachant que les besoins se formulent ainsi (obtenir une meilleure connaissance des partenaires financiers et améliorer la mise en œuvre et la communication de projets)
- Question de la Formation / Transmission au sein des accueils en résidence (question que la DMDTS va poser à F. Spielmann) : "Résidence /formation", ? "chantier école" ? afin de faire reconnaître une période pertinente et assez courte de "Formation" à l’intérieur d’une période de création et de production. Celle-ci devrait être identifiée et soutenue financièrement et matériellement. (C. Dussollier)
- Quelle réponse à donner à certains créateurs souhaitant obtenir des bourses pour aller voir d’autres créateurs ?
- Ne faut-il pas souligner la responsabilité fondamentale de l’Etat en matière de formation à partir d’un socle que La Fédération aurait défini.(M. Crespin) ?

Trois façons d’aborder la formation

1. Façon technique

Projet de formation par rapport aux contrats emploi-jeunes, aux contrats de qualification…

2. Façon artistique

La Formation/Transmission doit-elle être structurée selon la même logique que la création , c’est-à-dire au sein de différents pôles ou selon un pôle unique ?
3. Façon politique

La Formation/Transmission est-elle seulement une question technique et pédagogique ou/et une question politique
(La Ministre irait-elle jusqu’à s’engager à fournir du financement pour quelque chose qui donnerait à voir, sur le plan de la Formation/Transmission, la légitimité qu’elle a l’air de reconnaître à la créativité des Arts de la Rue ?)

Les propositions doivent se poursuivre par des gens des Arts de la Rue.
La Fédération pourrait revendiquer la nécessité d’avoir du temps et des moyens pour explorer des propositions (C. Dussollier)

Décisions prises

- Envoi de questions complémentaires aux équipes par F. Spielmann
- Propositions des équipes à renvoyer à F. Spielmann

Débat interne Fédération

- Tableau qui évoque un terrain qui a besoin d’être soutenu. Ce tableau brossé par FS pécherait presque par excès de valorisation d’un mode original de production (C. Dussollier)
- La notion d’éthique et d’esthétique que F.S. souligne est importante. On nous reproche en général de n’avoir ni l’un ni l’autre (D. Andrieu)
- On compte apparemment sur les collectivités territoriales pour nous faire vivre, danger ? (B. Colin)
- Qu’est ce que cela implique de responsabilité de l’Etat à prendre en charge le dossier Formation. Je pense que F.S. veut nous faire dire ce qu’elle ne met pas dans son rapport (M. Crespin)
- Comment un dispositif de Formation/Transmission peut se décliner sur le territoire et s’appuyer sur le réseau déjà constitué ?
- Opportunité d’une formation pour vingt sur un cursus de deux ans (projet de M. Crespin), d’une formation nomade (B. Colin)
- Un "institut" ? Force politique de la chose en termes de reconnaissance et de moyens (centraux et déconcentrés). La Fédération doit insister sur le fait que le volet Transmission/Formation dans le réseau doit s’adresser aussi à ceux qui sont déjà dans les compagnies et dans les projets (C. Dusollier)
- Articulation à réussir entre l’échelon local et la coordination nationale. Le financement local émiette le financement. Il faut un socle fort au niveau national et structurer les lieux qui existent, conforter les missions et les moyens (D. Andrieu)

Flash

- Rendez-vous : La Fédération a rendez-vous le mercredi 22 décembre à 10h avec D. Wallon en présence de F. Spielmann pour discuter de son rapport d’étape et entendre les enjeux du ministère. Il est convenu qu’il appartient à la commission Formation & Transmission de rédiger un texte qui définisse la position de La Fédération et de la soumettre pour avis au C.A. Ce texte sera également laissé à la DMDTS
- Annonce de M. Crespin : "Étant en désaccord avec les mesures nouvelles affectées au Centre National, j’ai demandé à mon Président d’être libéré. Je me penche sur la définition d’une mission Formation que je propose au ministère. Si aucune proposition heureuse ne voit jour, je ferais du Nordey !"
- Co-signature : HLM demande le soutien de La Fédération à son projet de formation d’emploi jeunes affectés à la diffusion et co-production internationale des arts de la rue et du cirque au sein des compagnies. (cf. réponse de La Fédération en annexe)


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