Quels enjeux pour une Année des Arts de la Rue ? (Contribution d’Anne Guiot et des membres de la Cité des arts de la rue)

mercredi 29 septembre 2004

Vous trouverez ci-dessous, en dernier paragraphe, ma contribution en tant qu’administratrice de La Fédération et membre actif du secteur.
En tant que coordinatrice générale de La Cité des Arts de la Rue, j’ai interrogé les structures constitutives de La Cité concernées par les arts de la rue, à l’exception de Lieux publics, Pierre Sauvageot faisant lui-même parti du Groupe de travail. Vous trouverez ci-dessous leur contribution.

Karwan : Pôle de développement et de diffusion des arts de la rue et des arts du cirque

- Souhaite une année des arts de la rue qui, dans son intitulé, sa communication comme dans ses programmations phare, souligne notre positionnement décalé. Dans l’esprit de « la méridienne verte » pour le passage à l’an 2000. L’intitulé de la manifestation devrait insister sur la diversité, la quotidienneté et non la saisonnalité des arts de la rue : 365 jours d’arts de la rue : à interpréter avec beaucoup d’élasticité (365 jours mais aussi 365 spectacles à l’échelle d’une région ou d’un département...).

- Prône la rédaction d’un cahier des charges à l’intention des diffuseurs (théâtres, scènes nationales, etc.) les engageant à ce que les spectacles des arts de la rue fassent, à part entière, partie de la programmation. C’est-à-dire qu’ils ne soient pas programmés comme ouverture ou fermeture de saison et qu’ils fassent partie, bien que gratuits, des réservations proposés aux abonnés.

La FAI AR : Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue

Soit l’Année des Arts de la Rue se fait en liaison très étroite et dépendante avec le Ministère de la Culture et dans ce cas, il s’agit avant tout d’un outil de communication. Les moyens seront alors mis sur des temps forts et structurants. Dans ce cas, la profession ne doit pas attendre grand chose de plus que de la communication et quelques petits plus en financement pérennes.

Soit les Arts de la Rue organisent eux-mêmes leur Année et en trouvent l’économie. Dans ce cas, cette Année doit écrire le manifeste de la profession et profiler les 20 ans qui vont suivre. L’Année ne doit pas alors être nourrie seulement de spectacles mais d’itinérance.

En ce sens, l’idée des « 365 jours d’arts de la rue » est pertinente. Elle ouvre la possibilité à des initiatives journalières fortes qui croisent à la fois actualité et rémanence. Une sorte de Tour de France des 365 sites investis par les arts de la rue qui n’évacue personne et met tout le monde sur le même niveau. 365 jours typés mais de poids identique et porté par des énergies qui croisent tout le monde.

Pour le plaisir et l’énergie du décalage, cette année pourrait avoir 366 jours.

Du point de vue de la formation, le souhait est, qu’en interne comme en externe, la cohérence de sens de la formation prenne corps et qu’avec l’ouverture de la FAI AR et la consolidation de l’Atelier 231 notamment, cette Année date le démarrage réel de la construction du paysage de la formation préconisé par le rapport Spielmann.

Générik Vapeur : Trafic d’acteurs et d’engins

Au sujet d’une année des arts de la rue
100% Arts de la rue
365 jours pour vaincre ?
A la rue ! 365 j/an
Les 4 saisons d’un art intempestif

Cette commémoration ou plutôt cette promotion nous met à l’envers du concept même :
- Surprendre étonner, être là où et quand on ne nous attend pas, faciliter la présence de l’art à divers instants d’un quotidien sur les parcours de vie et habitus, les trajets professionnels ou ludiques, dans tous les interstices d’une vie sociale, civile familiale.
- Dessiner l’insolite et l’imprévisible justement des petites formes au théâtre invisible, à la démesure, aux événementiels, du poétique aupolitique

Bref survie et reconnaissance obligent profitons de "cette prime de risques" pour
- Acter
- Rencontrer les publics " d’abonnés à l’an "
- Jouer toutes les nouvelles créations
- Ressortir le répertoire des uns des autres (ceux qui veulent) dans les zones isolées des courants culturels
- Débusquer les nouvelles formes
- Utiliser le potentiel des équipes pour écrire un événement poétique ou plastique mettant en scène l’ensemble des images fabuleuses.
- Ou inversement en les égrainant sur le territoire.

Comment réaliser un projet artistique sans forcément monter une structure pérenne. Définir l’essentiel incontournable, créer des outils théoriques.

Au sujet d’1 écriture spécifique, tramant une dramaturgie contemporaine, ou onirique
- Les auteurs en interne
- L’écriture utilise des formes particulières images matières langages imaginés, musique...
- La mise en scène pertinente prend en compte le propos, mais aussi les mouvements de population, l’espace publique et devance les interférences au profit du sens.
- Mise en espace de l’urbain, des paysages, ou de territoires publiques atypiques.
- Jeu d’acteur et savoir jouer des comédiens de rue.
- Gratuité des représentations ( sauf nécessité artistique comme l’art forain etc.)
- Affirmation et confirmation du service publique.
- Mode de rassemblement au travail collégial des arts de la rue propice à l’existence de compagnies.
- Développer aventures, expérimentations et répétitions en espace public.

Accès à des territoires particuliers :
- Mise à disposition de locaux ; espaces industriels désaffectes, entrepôts pour des périodes de création des mise en histoire et images de certains sites ou lieux de vie. Utilisation éphémère
- Collaborer avec tous les partenaires pour assurer la pertinence des interventions dans l’espace public en honorant le contenu artistique, le territoire et les mouvements civils.

Production, co-production, diffusion :
- Augmentation et meilleure répartition des budgets.
- S’assurer que les compagnies sont rétribuées et pas seulement les structures de diffusion.
- Développer la diffusion toute l’année rebondissant d’un climat à l’autre
- Mobilité : permettre aux équipes de se produire hors festivals
- Afin de rencontrer une population.

Réflexions / réflexion
- Constituer un observatoire dynamique (brassant auteurs de rue, archi, socio, urbanistes poètes organisateurs) dont les comptes rendus seraient publics dans des lieux représentatifs
- Travail mémoire sur les différentes esthétiques de création, réalisés et analysés par des artistes (Bourse à théoriser)
- Mettre en répertoire quelques spectacles afin que les arts de la rue entrent dans les cycles d’études Lycée - Fac

Formation nomade :
- Aide spécifique à un stagiaire accueilli durant une démarche de création dans les compagnies - cursus de 2ans chez 3 à 4 compagnies.

Contribution Anne Guiot

Année de ceci ou de cela...

Nous le savons tous ces dispositifs sont avant tout des outils de communication. Le paradoxe est que nous feignons ne pas le savoir et demandons tenacement des assurances sur un financement sensible du secteur qui lui fasse passer le palier d’une irrévocable sortie de précarité, d’un développement et d’une lisibilité élargis.
Cette position paradoxale est juste. La Fédération ne peut en tenir d’autres, quitte à prendre le risque que cette année soit quelque peu différée.

Une reconnaissance affichée

D’un point de vue purement sectoriel, le moment de cette année semble être venu : le nombre de compagnies conventionnées n’est plus tout à fait insignifiant ; la construction du paysage de la formation est lancée ; des festivals sont morts (trop !), d’autres se sont phoenixés, d’autres sont nés, et de nouvelles formes de diffusion, hors saison d’été, commencent à se multiplier ; de nouveaux lieux sont en phase de construction ou de livraison, d’autres se sont très explicitement positionnés pour devenir des Centres nationaux de création ; La Fédération confirme et étend sa ligne de lobbying à l’échelle nationale et régionale ; et même Hors Les Murs commence à être à nouveau investi par des artistes et professionnels qui ne s’y reconnaissaient plus...

Surtout ne pas traduire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes mais que tout le monde est prêt, la profession a construit ses outils et son paysage de cohérence. N’étaient la crise de l’intermittence et de la culture (et si tant est que l’on puisse faire abstraction de ces deux ravages), le secteur est en état de marche et de développement. De manifeste (1999) en livre blanc (2002) ou autres motions, La Fédération n’a cessé d’être inventive dans ses propositions et de marteler l’urgence de la mise à niveau financière du secteur. Il ne s’agit plus que de moyens, donc de choix politiques. L’Année des arts de la rue en est un. Quelle meilleure réponse du berger qui s’était entendu demander si son ministère existait (2000) que de fêter la bergère ?... La preuve que le berger existe.
Donc l’enjeu principal de cette année des arts de la rue est de sortir de la précarité ce secteur qui a montré son inventivité, sa réactivité et son professionnalisme et qui propose une autre façon d’aborder la culture en résonance avec l’évolution des tendances actuelles.

Du point de vue de l’indispensable mise à niveau financière du secteur et de ses perspectives de développement, tout me semble avoir déjà été dit et redit, notamment par La Fédération. De même sur la création de supports éditoriaux diversifiés et sur la nécessité de centres de ressources régionaux et spécialisés en relai avec Hors Les Murs. Pour ma part, Je souhaiterais m’attarder sur deux enjeux : le décalage et l’ouverture.

Le décalage

Un des mobiles de création des arts de la rue ou d’adhésion à leurs formes est le décalage : de 2 solutions, choisir la 3ème ; être où on ne nous attend pas...

Cette énergie et cette éthique me paraissent un positionnement à part entière qui doit transparaître tant du point de vue d’un évènement commun que de la communication. L’intitulé de la manifestation, son déploiement et ses temps forts doivent en témoigner.
Nombreux est le public qui a assisté au moins une fois dans sa vie à un spectacle d’arts de la rue et pourtant les arts de la rue manquent de notoriété : combien de gens encore ne savent pas ce que c’est. Du fait de la pluralité de leurs formes et de leurs contextualisations, leur lisibilité est difficile. Il me semble important d’insister sur cette énergie du décalage comme élément signifiant des arts de la rue.

A ce titre, la proposition des « 365 jours », formulée dans les paragraphes précédents, me paraît intéressante, je la pousserai, sans me préoccuper de trouver la bonne formule de communication, dans le sens de 365 jours + 1. 366 jours avec 365 jours de créations et programmations arts de la rue sur tout le territoire français et européen, dans des grandes et petites villes, des villages ou coins perdus suivant notre goût pour placer l’art en interférence avec un site et sa population, + 1 jour qui pourrait être ce jour de décalage où toutes les manifestations sortent sur une autre territoire dont il faudra trouver la symbolique.

L’ouverture

La force des arts de la rue n’est pas seulement de se confronter à l’espace public « parce qu’il fait froid à l’intérieur » (B. Schnebelin) mais d’avoir plaisir à ce choix et d’en être devenu maître d’œuvre et d’art.

La différence avec les performances d’arts publics des années 70, notamment dans le domaine des arts plastiques, est la persistance du désir et la perfectibilité progressive des techniques et des jeux d’acteurs et de publics. Les arts de la rue choisissent comme matériau de création la chose publique (faits et lieux) et inventent des grammaires artistiques nouvelles : des mises en situation plutôt que des dramaturgies, des jeux d’action/réaction plutôt que des jeux d’interprétation, des rapports à l’éphémère plutôt que des écritures pérennes...

Le public/population suit. Il a perçu la justesse de ce décalage des codes de représentation artistique et sait apprécier les arts de la rue dans l’adéquation de leur vocabulaire spécifique au contexte.

C’est depuis cette maîtrise d’art là, disons le plaisir et l’expertise de créer dans l’espace public, que je souhaiterais que les arts de la rue s’ouvrent à toutes les formes d’arts et les invitent à investir également l’espace public dans le cadre de cette année.

Le revers de notre maîtrise d’art en espace public est le risque de formatage des créations. Nous savons que nous avons un champ artistique, un vocabulaire, un public reconnus et nous savons ce-qui-marche. Nous ne nous laissons pas prendre au piège de la demande qui formate l’offre, autrement dit des arts de la rue qui parlent aux arts de la rue.

Pour cela, je fais confiance en notre exigence et en notre goût du décalage et pra ailleurs préconise que cette année soit aussi (mais seulement aussi !) ouverte à des approches artistiques plus périphériques et occasionnelles : celles d’artistes en « boîte noire » se confrontant peu à la rue.
Surtout, j’appelle de mes vœux une table ronde qui mette en débat la difficulté et le plaisir d’investir l’espace public avec, autour de la table, des artistes de rue et d’autres (metteur en scène, plasticiens, danseurs...) qui ne s’y seraient confrontés qu’exceptionnellement.


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