Propositions pour une Année des Arts de la Rue (Contribution de Pierre Sauvageot) - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Propositions pour une Année des Arts de la Rue (Contribution de Pierre Sauvageot)

vendredi 24 septembre 2004

Les hypothèses décrites dans ce document se basent sur une triple approche des enjeux :
- Approche politique : sensibilisation des élus, des responsables culturels, des médias.
- Approche artistique : invention d’une forme spectaculaire marquant l’inventivité et la solidarité de la profession.
- Approche professionnelle : dispositifs nouveaux, structuration du réseau, aide aux compagnies et aux interprètes.

Elles contiennent plusieurs types de propositions, certaines pérennes et d’autres conjoncturelles, certaines spécifiques au secteur et d’autres qui concernent l’ensemble du spectacle vivant, certaines mobilisant des fonds importants et d’autres étant des avancées sur le fond. Elles sont complémentaires, cherchant à former un tout cohérent qui devrait permettre au secteur et à la problématique de franchir une étape importante.

Volontairement « réalistes« , ces hypothèses ne sont pas chiffrées, et leur mise en œuvre n’est pas étudiée. Aucune structure, institution ou personnalité ne sont nommées.

Pas d’art sans artistes, pas de création sans compagnies

- La réforme en cours du régime d’intermittence doit permettre de rassurer artistes et techniciens professionnels sur la pérennisation de leurs métiers.
- Les compagnies professionnelles structurées doivent obtenir les moyens de consolider des emplois permanents, particulièrement ceux des directeurs artistiques.
- Un palier entre l’aide à la production accessible un an sur deux et le conventionnement doit être mis en place afin de permettre aux compagnies de travailler dans la continuité.

Ces trois sujets ne concernent pas seulement les Arts de la Rue, mais l’ensemble du spectacle vivant. Ils dépassent largement notre groupe de travail, mais notre secteur, faiblement subventionné et par nature saisonnier, a souffert et souffre particulièrement de la réforme et du conflit en cours. Si des solutions ne sont pas trouvées, toute idée d’une « année« semble vaine car elle se déroulerait dans un climat de protestation sociale et de fragilisation des compagnies et de la création. C’est pourquoi le groupe en son entier et chacun de ses membres en fonction de ses engagements et responsabilités, doivent œuvrer pour que des solutions durables soient trouvées.

Consolider le réseau spécifique

Les Arts de la Rue ont su inventer leurs lieux de diffusion et de production. Un réseau original existe sur le territoire, issu d’aventures individuelles confortées par l’Etat et les collectivités locales et territoriales. Ces lieux doivent être fortement consolidés afin de bâtir un véritable réseau spécifique autour de missions complémentaires :
- Aide à la production artistique, résidences, moyens de coproduction significatifs.
- Diffusion des œuvres sur le territoire.
- Lieux de référence pour les collectivités locales et territoriales et le réseau culturel généraliste.
- Espace « ressource« et de formation continue.

Chacun des lieux existant ou en cours a sa propre histoire, son propre projet de développement, son propre regard sur les Arts de la Rue. Il s’agit d’accompagner chacun dans son parcours original, en lien avec les choix des collectivités territoriales.

Deux mesures nouvelles pour renouveller les écritures et les modes de rendez-vous publics

- Un Fonds interdirectionnel (et possiblement interministériel) pour les écritures urbaines spécifiques sera ouvert et doté de manière significative. Il sera accessible à des projets d’écritures in situ (contes urbains, feuilletons, événements, installations...), et demandés en commun par une équipe artistique et un organisateur (collectivité ou structure).
- Pour favoriser l’émergence d’autres modes de diffusion des spectacles de création, un Fonds d’aide à la saison ou à la diffusion hors festival sera créé. Il sera accessible au réseau des Arts de la Rue, aux collectivités locales et territoriales ainsi qu’au réseau culturel généraliste.

Ces deux mesures (une est déjà l’étude depuis plusieurs années) semblent essentielles car elles ne sont pas seulement des montées en puissance financières, mais des ouvertures vers de nouvelles écritures et de nouveaux rapports avec les publics.

Un acte artistique

Un groupe d’artistes et de programmateurs proposera à l’ensemble des compagnies et des organisateurs un événement artistique ou une logique d’événements artistiques à l’échelle régionale (rituels, caravane, contes urbains, événements éphémères collectifs, rendez-vous...).

Les Arts de la Rue ont su développer des écritures communes, des évènements regroupant plusieurs univers artistiques. Afin que « l’année« soit à l’image de la profession, il est essentiel de s’appuyer sur cette capacité rare, et d’ainsi lui donner une couleur artistique particulière et fédérative.

Mettre au cœur du débat et de la réflexion publique les questions de l’art et de la ville, de l’art et des citoyens, du territoire

Une « année » doit être l’occasion de faire avancer la problématique vers une série de partenaires : élus locaux et nationaux, milieu culturel, médias spécialisés et grand public... De manière générale, les Arts de la Rue doivent avoir les moyens de faire avancer la recherche, la réflexion et le débat sur un sujet qui mèle création artistique, décloisonnement du spectacle vivant, pluridisciplinarité, accessibilité à tous les publics, aménagement urbain, politique de la ville.

Cette fonction de dissémination peut passer par plusieurs actions complémentaires :
- Un groupe de réflexion comprenant artistes, organisateurs, directeurs techniques, services techniques des villes, juristes, élus, parlementaires établira une série de propositions législatives et réglementaires pour mieux définir et faciliter les propositions artistiques en espace public : licences spécifiques, sécurité, gratuité, place à l’artistique dans l’aménagement urbain... Ce travail pourra aboutir à une sorte de Charte de l’Art vivant dans la Ville, et nourrira une potentielle loi d’orientation ou de programmation du spectacle vivant en y apportant une dimension « espace public« .
- Les propositions issues du groupe de réflexion et les expériences de terrain permettront dans chaque région d’ouvrir des Assises de l’Art et de la Ville. Les acteurs dans chaque région - élus, artistes, organisateurs, aménageurs - pourront confronter leurs idées, leurs projets et leurs propositions pour développer la place de l’art dans l’espace public.
- Des moyens seront dégagés afin de permettre le renouveau d’une politique éditoriale pérenne. L’« année« doit aussi être l’occasion de faire éclore une série de publications grand public de manière circonstantielle.
- Dans le cadre des cahiers des charges des structures culturelles généralistes, l’Etat et les collectivités publiques affirmeront l’importance de la diffusion et de la présence sur l’ensemble d’un territoire. Il ne s’agit pas de mettre en cause la responsabilité du projet artistique des directeurs ou de rentrer dans une hypothétique logique de quotas, mais d’orienter vers des missions qui ne soient pas limitées à un équipement mais qui viseront plus largement une population et un territoire. Les écritures de rue y trouveront logiquement leur place, et les deux mesures nouvelles évoquées plus haut pourront permettre au réseau généraliste de s’impliquer plus dans la création et la diffusion des Arts de la Rue.

Affirmer la dimension européenne et internationale

Les Arts de la Rue français sont déjà très présents en Europe et dans le Monde. Une « année« doit être l’occasion de solidifier des liens durables avec les compagnies et les programmateurs étrangers basés sur la réciprocité des rapports. Plusieurs initiatives seraient pertinentes :
- Favoriser les projets de collaboration artistique transnationaux.
- Faciliter particulièrement la circulation des œuvres françaises à travers le monde.
- Donner une dimension européenne et internationale à « l’acte artistique« .
- Inviter un important groupe de professionnels européens et internationaux pour un « séminaire itinérant« leur permettant de croiser les compagnies et les structures.
- Sensibiliser la commission culture de l’Assemblée Européenne ainsi que la Commission Européenne pour développer dans le débat européen la notion d’Arts de la Rue.


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