Note - Enjeux pour le développement des arts dans la ville à Paris

jeudi 7 février 2008
par  Fédération IDF

Note envoyée par la Fédération des arts de la rue en IDF le 27 novembre 2007 conjointement à Monsieur Delanoë, à Madame Anne Hidalgo, à Monsieur Christophe Girard, à Madame Hélène Font, à Madame Fanny Cohen, à Monsieur Guillaume Descamps

Préambule :

À la périphérie des politiques publiques, les artistes investis dans l’élaboration d’œuvres éphémères dans la ville, de toutes disciplines, ont été nombreux à rencontrer leur public dans les manifestations estivales. Progressivement singularisée par ce mode de diffusion, une part significative de ces artistes s’est organisée à travers un organisme représentatif national, la Fédération des arts de la rue, afin de mieux faire considérer les métiers, les modes opératoires, et des terrains de développement à tous les échelons.
Prenant acte de la dynamique de ces acteurs à Paris, la municipalité impulsait une politique spécifique dès 2001. Le budget consacré aux arts de la rue a ainsi doublé entre 2001 et 2006, passant de 227 114 € à 577 500 €. La Ville a affirmé son soutien à plusieurs festivals parisiens impliqués dans la diffusion de ces œuvres : Onze Bouge, Printemps des rues, Coulée douce, Nocturbaines, Opéra des rues. Elle soutient également depuis 2005 la coopérative De rue et de cirque. Parallèlement, ces démarches artistiques éphémères dans la ville sont également considérées dans des manifestations particulières tel que Paris Quartier d’été, ou des événements initiés par la ville tels que Itinérance rue, Nuit blanche.
Également, aux côtés de la commande publique pérenne, la commission de l’art dans la ville considère désormais ces démarches artistiques éphémères dans la ville, tel que le projet Magenta Ephémère, qui illustre une collaboration entre le bureau du théâtre et la DAV à la DAC, ou encore tel que le projet Chantier public à St Blaise. Enfin, la ville de Paris intensifie son offre d’équipements municipaux pour l’accueil des artistes dans la ville :
Sur le site de la Villette (XIXè), elle consacre l’Espace périphérique aux arts de la rue et du cirque. Il convient de noter que le site avec son espace chapiteau est surtout propice au travail de la prouesse. L’Espace périphérique ne permet pas la répétition et la construction de formes notamment monumentales. Sur le site Jean-Pierre Timbaud (XIè), la municipalité rénove la Maison des Métallos, équipement de diffusion de proximité ouvert à l’accueil et à la diffusion d’œuvres pluridisciplinaires sur l’axe art et société. Sur le site de Belleville (XXè), elle travaille puis renonce à la requalification d’un équipement de production de proximité pour l’art dans la ville. (En abandonnant ce projet, elle se prive de l’ouverture à la ville d’un équipement enclavé). La ville apporte son soutien à l’Avant-Rue, lieu de fabrique animé par une compagnie, dédié pour une partie à l’accueil de formes dites arts de la rue (XVIIè). Enfin, la municipalité dote Paris d’un équipement de premier plan pour l’accueil des artistes de toutes disciplines, le 104 (XIXè).
La problématique qui se pose de façon aigue aujourd’hui pour les artistes investis dans la création d’œuvres dans l’espace public est moins liée à la carence d’équipements qu’au manque criant d’opérateurs, de dispositifs adaptés et de coordination technique accompagnant la création et la diffusion en territoire parisien. La Fédération des arts de la rue en Île-de-France aimerait voir s’ouvrir une réflexion sur ces sujets.

1- REN0UVELER LES FORMES DE SOUTIEN A LA PRODUCTION

Soutenir la création, c’est accueillir les artistes et co-produire les œuvres par des apports numéraires. Des infrastructures d’accueil existent. Elles sont dépourvues de moyen de coproduction. L’apport numéraire est assuré directement par la ville de Paris. Les moyens restent très modestes.

_ Accueil et infrastructure :
Des infrastructures municipales pour l’accueil et le travail des artistes existent, à l’image de l’Espace périphérique ou du 104. Aucune d’entre elles ne se s’est spécialisée pour les arts dans la ville. L’Espace périphérique ne dispose pas de moyens de coproduction directs. Les moyens attachés aux résidences d’artiste sont directement sollicités auprès du conseil de Paris. Ils restent très modestes. Avec l’ouverture du 104, aux vues des superficies, les contraintes de fabrication et de répétition d’œuvres pour l’espace public pourraient être mieux appréhendées. En revanche, la politique de coproduction d’œuvres pour l’espace public manque à être clarifiée par le 104. Hormis le 104, dont rien ne dit qu’il joue spécifiquement un rôle dans l’accompagnement de formes artistiques dans la ville, il n’y a pas à Paris d’opérateurs à même d’assumer la position de coproducteur d’œuvres pour la ville avec apport en numéraire. Sans cette fonction re-distributive, les infrastructures ne jouent pas pleinement leur rôle d’accompagnement des artistes, ne peuvent prendre une place crédible dans un faisceau national et international de coproducteurs. La politique de la ville de Paris est déterminante en la matière. La Fédération des arts de la rue Ile-de-France est attentive à ce que les artistes accueillis dans des infrastructures disposent d’apports significatifs en numéraire pour la rétribution du travail. La question est de savoir si l’attribution de moyens (nécessairement renforcés) demeure gérée par la municipalité ou si elle est déléguée aux infrastructures. Dans cette hypothèse, la Fédération affirme sa préférence pour un maillage d’opérateurs de proximité diversifiés, qu’il s’agisse d’équipements publics ou municipaux délégués - à l’instar de l’Espace périphérique ou de la Forge à Belleville, projet finalement abandonné - ou d’équipements indépendants à l’image de lieux d’accueil déjà gérés par des équipes artistiques tel que l’Avant rue.

”Résidences de quartier” :
Par-delà la question des infrastructures les artistes initient des projets spécifiques qui ne nécessitent pas toujours le passage par de grands équipements. Les artistes aspirent en effet à travailler la conception et la réalisation d’œuvres dans des quartiers, en relation avec des réalités, des temporalités et des acteurs spécifiques. Le soutien de la ville de Paris aux artistes est là aussi déterminant.

En ce sens, la Fédération des arts de la rue en Île-de-France propose le concept de « Résidences de quartier ». Ce dispositif simple permet d’une part de s’affranchir de la notion d’équipement et d’autre part de valoriser le travail de l’artiste dans une démarche quotidienne, en lien avec les habitants et le territoire, permettant la rencontre directe des œuvres avec le public. Ce dispositif de soutien à la création innovant permettrait ainsi de rattacher des équipes de création à des équipements de proximité, ceux-ci pouvant être culturels ou autres (MJC, théâtres municipaux, bibliothèques, piscines, etc.).
Le dispositif de « Résidences de quartier » permet d’autre part de multiplier les fonctions artistiques : travail de création in situ, adaptation d’une œuvre pour un territoire, diffusion d’une œuvre dans un lieu habituellement peu investi par des équipes artistiques.

Pour ce faire, nous suggérons au titre de ce dispositif de rendre les artistes éligibles à l’aide à la création attribuée par la ville et proposons que soit constituée une commission d’attribution pour instruction des demandes présentées au Conseil de Paris.

2- RENFORCER L’ÉVENTAIL D’OPÉRATEURS POUR LA DIFFUSION D’ŒUVRES DANS LA VILLE ET CONSOLIDER L’EXISTANT

Longtemps associée au périmètre des beaux jours, des fêtes urbaines et des manifestations plein air, une part significative des artistes de toutes disciplines investis dans l’élaboration d’œuvres éphémères dans la ville ont trouvé des débouchés et les moyens de rencontrer leur public dans les manifestations estivales. À Paris, des événements périodiques en arrondissement ont constitué des temps forts primordiaux pour la diffusion de ces œuvres. La Ville a affirmé son soutien à plusieurs festivals parisiens : Onze Bouge, Printemps des rues, Coulée douce, Nocturbaines, Opéra des rues. Le soutien à ces manifestations a évolué, il gagnerait à être consolidé.
Parallèlement, les artistes ont su investir différentes géométries de la ville en toutes saisons. Prenant acte de cette dynamique, la ville de Paris initiait Itinérance rue, une programmation dans les quartiers toute l’année. Cette démarche de programmation en saison est aujourd’hui poursuivie par la Coopérative De rue et de cirque, soutenue par la ville depuis 2005. Son action tend aujourd’hui à se concentrer dans la couronne sud de Paris avec le projet d’implantation de la coopérative à la Gare Masséna.
La Fédération des arts de la rue en Île-de-France propose de renforcer cette offre par le soutien à de nouveaux opérateurs porteurs de modes de diffusion innovants, de façon à investir davantage d’arrondissements et diversifier les approches artistiques.

3- LEVER LES FREINS RÉGLEMENTAIRES ET TECHNIQUES, FACILITER L’INSTRUCTION DES DEMANDES D’AUTORISATION DES OPÉRATEURS

La diffusion d’œuvres en espace public est également compliquée sur le territoire parisien par la stratification des responsabilités et la multiplication des concessionnaires.
Il semble de plus en plus difficile de programmer des arts de la rue dans la capitale. Cette réalité s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la Fédération des arts de la rue en Île-de-France constate la difficulté de dialoguer avec la Préfecture de police de Paris car les interlocuteurs connaissent mal les modalités d’organisation d’une événement artistique en espace urbain. De plus, l’empilement des services au sein de la Mairie de Paris et la complexité du circuit de décision semblent ralentir grandement le processus d’obtention des autorisations.
En ce sens, la Fédération des arts de la rue en Île-de-France préconise plusieurs solutions. L’organisation d’une table ronde réunissant la Ville, la Préfecture et les différents acteurs oeuvrant dans l’espace public pour confronter les problèmes et trouver conjointement des solutions. La rédaction d’un guide ainsi que la création d’un pôle ressource permettant aux artistes et opérateurs d’accéder à des données claires et fiables concernant l’organisation d’un événement artistique sur le territoire parisien. La sensibilisation des différents interlocuteurs au sein de la Préfecture concernant la mise en œuvre d’une intervention artistique dans l’espace public.
Afin d’engager ce travail important, la Fédération des arts de la rue en Île-de-France demande à la Ville de Paris le recrutement d’un(e) chargé(e) de mission travaillant sur ces problématiques.

4 - SOUTIEN AUX ACTIONS MENÉES PAR LA FÉDÉRATION DES ARTS DE LA RUE EN ÎLE-DE-FRANCE SUR LE TERRITOIRE PARISIEN

Les adhérents de la Fédération des arts de la rue en Île-de-France sollicitent le concours de la ville de Paris, au même titre que les autres partenaires territoriaux, au soutien des rencontres professionnelles et grand public qu’elle initie à Paris.


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