Le temps des arts de la rue (Contribution de Daniel Andrieu)

vendredi 19 novembre 2004
par  lafede

Le arts de la rue : un dialogue entre l’artistique, le politique, le social, la population

Conçus pour surprendre, les arts de la rue s’adressent directement au public qui a une grande liberté d’action, de réaction et d’initiative. Les artistes qui ont choisi les arts de la rue travaillent sur un rapport spécifique à l’espace public et à la population : rapport à la fois fédérateur et empreint de transgression.

Parfois dérangeants, souvent festifs, les arts de la rue sont parfois considérés comme animatoires par des élus qui sous-estiment leur capacité créatrice. Néanmoins, ces derniers, en invitant les arts de la rue sur leur territoire, n’hésitent pas à confier les clés de la ville aux artistes avec lesquels ils partagent, au moins pour un temps, l’usage de la cité (avec différentes motivations, sans doute ! )

Arts fédérateurs par excellence, les arts de la rue abordent et doivent aborder aussi ce qui divise pour ne pas devenir alibi à une politique culturelle sans véritable contenu ou à un projet de ville sans véritable sens.

Au delà de leur caractère événementiel, à travers les lieux de création, les arts de la rue deviennent un élément fondateur d’une politique culturelle, dans leur dimension créatrice. Les relations aux publics trouvent alors une véritable épaisseur, le temps de la rencontre est vraiment partagé.

Ce qui différencie les arts de la rue d’autres formes d’expression artistique, c’est leur capacité à créer des situations spécifiques à chaque territoire, dans un rapport au public qui pose directement la question de la démocratie locale.

De ce point de vue, les arts de la rue apparaissent aujourd’hui comme l’un des seuls pans de la culture qui instaure un dialogue entre l’artistique, le politique, le social, la population.

Accroître les moyens de production, élargir la diffusion

Dans le secteur des arts de la rue, les moyens de production restent faibles.
Seuls le réseau européen IN SITU, depuis peu, a les moyens de monter de véritables productions.
Pour le reste, l’imagination, la débrouillardise, le bricolage, l’abnégation permettent de s’en sortir. Mais que de temps perdu en dossiers, négociations, vérification, rencontres, déplacements... Tout ce temps inutilisé pour l’acte de création ou son accompagnement.
Mais l’enjeu de la production dans ce secteur n’est pas seulement comptable.
On peut se rendre compte que dans le secteur des arts de la rue la production, du fait même de ses faiblesses, devient une sorte de processus.

Les notions de créateurs, diffuseurs, publics, formateurs, coproducteurs sont dans une interaction permanente.

Le philosophe Pascal disait « je ne peux pas comprendre le tout si je ne connais pas les parties et je ne peux pas comprendre les parties si je ne connais pas le tout ». Il nous invite ainsi à une pensée en navette permanente.

Les arts de la rue, depuis leur création, ont toujours compris la nécessité de relier les choses entre elles, l’artistique et le technique, le théâtre et les arts plastiques, l’architecture et l’urbanité... etc...

Il est donc nécessaire de retravailler les liens qui circulent entre ces différentes notions. Il s’agit aussi de participer à la définition politique d’un projet sur un territoire. Chaque contexte est local, est particulier, il faut en tenir compte afin que soient synthétisées les aspirations des citoyens et la force des propositions artistiques.

Les arts de la rue sont au cœur des problématiques de développement local, il est encore nécessaire de convaincre les pouvoirs publics. Nos projets peuvent donc s’inscrire dans des procédures classiques d’aménagement du territoire (contrat de plan Etat-Région, contrat de Ville, contrat de Pays...) afin que le processus création / production irrigue différemment les territoires et consacre enfin aux Arts de la rue des fonctions de transversalité et de proximité avec la population.

Dans cette démarche, la création artistique reste essentielle mais n’est plus le seul objectif poursuivi.
Cette ouverture de processus de travail sur une volonté, voire une utopie à défendre, présuppose que l’artiste, le producteur, le Maire, le public aient ensemble un désir fort de coopérer dans cette démarche de création.
Cette nouvelle façon de voir les choses provoque l’expérimentation, le tâtonnement, le laboratoire, la sortie d’atelier, les visites de chantier, les rencontres entre artistes, les nouveaux rapports sur le territoire par le biais de rencontres avec la population.
Le producteur doit accompagner la création de ce qu’il aide à produire jusqu’à la diffusion.

La diffusion... en ce qui concerne les arts de la rue, ce qui vient tout de suite à l’esprit, c’est que leur visibilité est synonyme de festivals.
Or les conditions de fabrication, les champs de recherche artistique, l’esthétique sont forcément conditionnés par les modes de diffusion et de rencontre avec le public.

Cela renvoie à la question de l’implication de l’artiste dans la ville. Dans la plupart des Théâtres, il faut que l’artiste intervienne au bon moment, dans un espace-temps très court, avec un public convoqué toujours le même. Sommes-nous plus judicieux avec nos festivals ?
Nous devons rester vigilants pour que nos festivals ne deviennent pas un substitut à la politique culturelle d’une collectivité.
Au contraire, les artistes ont besoin de travailler tout au long de l’année, besoin d’être reconnus, besoin d’une relation avec le territoire.
La résidence est une réponse à ces questions.
La résidence dans un lieu adapté, diversifié permet les rencontres, les frottements, la confrontation sur un territoire donné. La résidence reste la meilleure garantie de la rigueur, de l’exigence de la création artistique.

Propositions

- Structuration de l’existant. Consolidation des lieux existants - Montants significatifs des coproductions
- Création de plusieurs centres nationaux ou européens des arts de la rue
- Le temps des arts de la rue doit nous permettre de réaliser une photographie du paysage des Arts de la Rue en France
- Application des préconisations du rapport de Franceline Spielman : prise en compte de la FAIAR concernant la formation des jeunes artistes, développement des propositions de l’Atelier 231 (avec la Haute-Garonne) concernant les agents des services municipaux et des intermittents du spectacle
- Mise au point d’une politique d’aide aux arts de la rue avec l’Office National de Diffusion Artistique
- Concentrer les aides pour les arts de la rue la première année en central (DMDTS) et ensuite aux Drac. La décentralisation est en effet souvent synonyme de dillution
- Mettre le public au coeur de ce temps des arts de la rue

Nous proposons que les publics soient au cœur de ce temps des arts de la rue :
- paroles de publics
- colloque novembre 2005 et temps préparatoire
- école de spectateurs
- action culturelle
- communication grand public (un axe fort...)


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