Le Temps des arts de la rue sera ce que nous en ferons

lundi 6 juin 2005
par  lafede

Voilà trente années que nous forgeons notre propre pratique et inventons nos outils. Cette construction est le résultat d’une attitude volontaire et engagée des équipes de création, de production et de diffusion. Les compagnies ont inventé leur langage, imposé leur style. Nous avons mis sur pied un réseau de diffusion, imaginé des lieux de fabrique. Nos équipes font le tour du monde.

Nous avons inscrit dans le paysage du spectacle vivant français et international une discipline artistique contemporaine proposant un ailleurs et une autre façon d’aller à la rencontre d’un public de plus en plus nombreux. Ce résultat n’est pas la conséquence d’un arrêté ministériel mais bien du travail de chacune des équipes qui, de son territoire, selon sa taille, son poids ou ses moyens, se sont investies à convaincre acteurs culturels, élus, institutions, du bien-fondé d’un art en découverte et en devenir.

Les artistes de rue n’ont jamais attendu leur salut de personne, mais ils ont su tisser des liens, ouvrir de nouveaux horizons, entraîner derrière eux des partenaires séduits par tant d’énergie et par la part de rêve qu’ils introduisent là où il se produisent. Nous avons bougé les choses et nous continuons à les faire avancer. Pierre, de Générik Vapeur, dit du spectacle de rue qu’« il est la pince-monseigneur de l’art ». C’est toujours le cas. Si, au cours de ces dernières années, nous avons pu concrétiser la mise en place d’outils propres à notre pratique, c’est parce qu ‘il existe chez nous, malgré toutes nos différences et nos partis pris parfois opposés, une conscience d’appartenance à une grande aventure contemporaine partagée, comme dans nulle autre branche du spectacle vivant. C’est cette force-là qui est la nôtre : être capable de nous entendre, de nous regarder, de nous interroger, pour faire progresser l’espace d’expression qui nous est commun.

Ce Temps des arts de la rue n’est pas le temps des grandes compagnies ou des grands festivals, ni même celui du Ministère de la culture, mais bien d’un moment qui appartient à tout le monde. Ce n’est pas une recette en soi, c’est un projet à bâtir, un horizon à atteindre, un point de construction positive, une forme d’alternative dans l’ambiance particulière que vivent actuellement nos professions du spectacle. Pour mettre en place ce projet, deux ans de concertation ont eu lieu, de manière institutionnelle et interprofessionnelle, mais aussi spontanée dans les lieux où se retrouve la profession pendant la saison. En a découlé un carnet de route avec des objectifs tracés sur trois ans. On ne peut parler de structuration que si l’on s’inscrit dans la durée. Si tel n’est pas le cas, cela s’appelle de la communication. Trois ans pour prendre plus de temps, pour agir mais aussi s’informer et rester vigilant.

Un comité de pilotage dessiné pour suivre la mise en place de ces objectifs s’est réuni pour la première fois en avril denier. Il est vrai que beaucoup de personnalités auraient pu le rejoindre. Mais les individus qui y siègent ont toute la légitimité à être là. Ils sont des acteurs engagés de notre profession et la représentent de manière très large.

Le travail premier de ce groupe est d’impulser la mise en place de neuf chantiers, provoquant l’élargissement du comité de suivi puisqu’ils sont ouverts à ceux qui souhaiteraient suivre les travaux en cours. Pour chacun de ces groupes, un rapporteur a été nommé. Il a pour rôle d’en être « l’animateur » mais aussi de renvoyer au comité de pilotage l’état des actions et réflexions entreprises.

La seconde mission du comité est de faire en sorte que le mental et la philosophie de ce projet soient respectés et qu’il s’agisse bien d’objectifs à mettre en place sur trois ans, en considérant que l’année 2005 est une année de consolidation de notre secteur et de préfiguration aux années 2006 et 2007. Enfin, le comité de pilotage est le garant de la transparence des mesures ou initiatives nouvelles prises en direction de notre secteur.

La Fédération, pour sa part, s’engage, comme elle le fait depuis le début, à défendre au sein de ce groupe de travail une parole plurielle, représentative des problématiques exprimées par ses adhérents. Convaincue que notre indépendance d’action passe par notre capacité à nous organiser, elle vous invite à participer activement à cette démarche collective.

Depuis trente ans, il n’y a eu de politique en direction des arts de la rue que celle que nous avons impulsée. Il est de notre responsabilité de projeter aujourd’hui de nouveaux horizons.

Jean-Raymond Jacob, Président de la Fédération des arts de la rue


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