L'intérêt d'une année des arts de la rue ? (Contribution de philippe Saunier-Borell) - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

L’intérêt d’une année des arts de la rue ? (Contribution de philippe Saunier-Borell)

vendredi 10 septembre 2004

Les arts de la rue ont, au cours des 20 dernières années,
- démontré leur existence,
- prouvé la force de leurs créations,
- affirmé les particularités de leurs écritures dans un rapport autre aux spectateurs,
- rencontré des non publics pour développer avec eux des histoires singulières,
- su confronter le texte au contexte, faire du contexte un élément d’écriture du spectacle.

Les festivals ont joué un rôle déterminant dans cette reconnaissance (populaire, professionnelle, médiatique et institutionnelle), même si aujourd’hui d’autres espaces de diffusion s’ouvrent avec des saisons territoriales, des sorties d’ateliers ou la commande de contes à la dimension d’une ville, d’un canton ou d’un paysage.

Si la constitution de Lieux Publics et, par la suite, d’HorsLesMurs doit être interprétée comme la première reconnaissance institutionnelle de notre secteur, le lancement du programme des lieux de résidences et de création en 1992 a été la première réelle structuration de celui-ci (avant le conventionnement des quelques compagnies reconnues par les comités d’experts). Cette étape préliminaire a permis la mise en place du réseau des différents lieux existants (du Fourneau de Brest au Parapluie d’Aurillac tout récemment) ou en voie de réalisation (comme les Thermes d’Encausse demain).

Depuis 12 ans, nous vivons sur ce premier palier où des outils ont été constitués sans que nous ayons les moyens de les faire fonctionner véritablement. Si un certain nombre de compagnies y sont accueillies chaque année, nous ne pouvons que les abriter (loger, nourrir, défrayer) et leur réserver des aides financières limitées que nous ne pouvons pas confondre avec des apports en production.

Aujourd’hui, tout le problème se situe à cet endroit. Nous n’avons pas les moyens d’accompagner à leur juste mesure les projets de création que les auteurs et créateurs de ce domaine de la création pourraient nous présenter.
Aucun des festivals nationaux (Aurillac, Chalon...), pas plus que l’unique Centre national de création ne pourrait apporter 60 ou 80.000 € sur un projet puissant qui pousserait l’imaginaire et la poésie de ce secteur, sur une véritable prise de risque artistique.
Aucun des lieux de fabrique n’a une capacité financière en coproduction pour accompagner correctement les spectacles accueillis sous son toit... Qui peut véritablement dépasser 20 ou 25.000 € sur des phases d’écriture, sur des temps d’expérimentation, de recherche et de proposition. Personne. Alors, on continue un saupoudrage de 5.000 € par ici, 12.000 € par là-bas...
Rappelons nous la difficulté des montages financiers de la production du « Carmen » de la compagnie Off, hier, ou du « Train Phântome » du Phun, aujourd’hui. Toutes ces compagnies s’usent à cet endroit, physiquement, moralement et artistiquement là où nous devrions les laisser s’échapper !

C’est pourquoi cette année des arts de la rue est l’opportunité d’engager avec le Ministère de la Culture une négociation pour une nouvelle étape dans la structuration de notre secteur du spectacle vivant. Les années 2005/2006 pourraient permettre de renforcer l’existant afin que les lieux de diffusion et lieux de fabrique/de création deviennent de véritables lieux de production dotés d’un budget réel réservé pour l’accompagnement des projets de création de compagnies (coproduction, commande publique...).

Travaillons avec les représentants de la DMDTS et du cabinet du Ministre pour revendiquer que cette année des arts de la rue soit l’occasion d’un deuxième palier de développement : la mise en place et le financement d’une douzaine de Centres de production nationaux consacrés aux arts publics (arts de la rue) avec des budgets de fonctionnement dans lesquels une partie clairement identifiée (dans un cahier de charge du contrat d’objectifs) sera exclusivement réservée aux coproductions afin que les compagnies puissent enfin obtenir les budgets nécessaires à leurs écritures.

Si nous ne savons pas exactement ce que pourrait être cette année des arts de la rue, nous savons pertinemment ce qu’elle ne peut pas être :
- ni un événementiel au niveau national (nous n’en aurons jamais les moyens et ce n’est évidemment pas l’image que nous voulons renvoyer de notre secteur)
- ni une programmation du best of des 5 dernières années par les 40 compagnies repérées (ceci ne serait pas stimulant et peu porteur d’un signe d’impulsion pour les 10 ans à venir)
- ni une année des arts dehors avec Cinéma en plein air dans le Parc Citroën, sur la Canebière et dans le Cirque de Gavarnie, exposition d’art contemporain sur les ponts de la Seine et de chaque côté du viaduc de Millau, architecture du XXI siècle et patrimoine roman vivifiés... (nous savons bien que ce ne sont pas simplement les activités artistiques aérées qui nous animent).

Si cette année des arts de la rue est écrite conjointement entre la profession et le Ministère, cette période doit être l’occasion d’une pulsion dynamique, créative à côté de la structuration nécessaire et le renforcement de l’existant indiqués ci-dessus, par des mesures pérennes clairement annoncées.

Que cette année des arts de la rue soit l’occasion d’accompagner fortement des projets, des envies, des désirs inventifs, des histoires que les compagnies ont dans leurs cartons et qu’elles n’osaient même plus évoquées tant nos moyens de production étaient faibles. Trouver les moyens d’aller ailleurs, plus loin en complicité avec les populations de ces !territoires de jeu (villes, agglomérations, villages...).

Je propose que nous divisions le territoire national en 8 ou 9 grandes zones, chacune rassemblant plusieurs régions administratives (par exemple : Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon). Les structures qui y travaillent (lieux de fabrique, scènes conventionnées, festivals...) pourraient se regrouper pour passer commande ensemble à une ou plusieurs compagnies d’une création spécifique (conte urbain, histoire à suivre...) ou accompagner une proposition forte que ce contexte permettrait de réaliser.
La petite capacité financière de coproduction de notre réseau serait dès 2005 abonder du premier budget de 1,3 millions d’euros (première somme que la DMDTS pourrait obtenir dès l’année prochaine, en attendant un véritable budget en 2006).
Il serait important que la totalité de ces mesures nouvelles reparte, par l’intermédiaire des futurs Centre de production nationaux, sur ces projets de création afin de donner les moyens aux compagnies de se remobiliser, de rêver, d’écrire et commencer à répéter et créer dès 2005.
Avec les nécessaires mesures nouvelles 2006 (du Ministère de la Culture complétées par celles des collectivités territoriales partenaires) de l’année des arts de la rue, les productions seraient complétées et la diffusion assurées sur ces zones géographiques d’origine (autant de fois que de structures partenaires) et des croisements imaginés pour que des propositions de Bretagne soient vues en Corse, et celles d’Aquitaine en région parisienne.

Une année des arts de la rue, impulsée en 2005 et visible en 2006,
- qui permettrait cette indispensable structuration du réseau, confortant l’existant et soutenant les aventures qui s’affirment actuellement,
- qui dégagerait des moyens de coproduction nécessaires à l’évolution des écritures des arts de la rue, d’une part, et le conventionnement de quelques équipes artistiques avec leur DRAC de rattachement, d’autre part,
- qui affirmerait la nécessité de réfléchir sur l’art de diffuser autrement, sur des temps et rythmes différents pour des populations non festivalières,
- qui permettrait d’engager quelques pistes de réflexion pour contredire des lieux communs bien partagés ou écorner des vérités apparentes à l’occasion de colloques, rencontres ou enquêtes thématiques

est un rendez-vous important pour notre profession, pour lequel il faudra trouver des liens et complicités avec le reste du réseau de la diffusion, et qui donnera le sens de nos actions pour les 12 ans à venir.


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