Edito de Mars 2011

DIS-MOI CE QUE TU TRANSMETS JE TE DIRAI QUI TU ES
jeudi 17 mars 2011
par  lafede

A l’occasion de la Rencontre (organisée par la compagnie slovène Ana Monro Theatre , en partenariat avec Circostrada network, la FAI AR et l’Université de Winchester) à Pokljuka (Slovénie), centrée sur la transmission et la formation, et qui rassemblait des acteurs d’une douzaine de pays européens, nous avons constaté une véritable disparité entre les besoins et les réponses apportées en matière de formation dans le secteur des arts de la rue.

Une façon de poser la question de ce qu’est notre métier.

Les Arts de la Rue peuvent-ils se résumer à un corpus de pratiques spécifiques ? lesquelles ?

Le cadre de l’espace public est-il à ce point déterminant qu’il oblige à repenser de fond en comble les techniques artistiques classiques qu’il met en pratique ?

Exerçons-nous un art nouveau ou une nouvelle mise en contexte d’arts traditionnels ?

Il ne s’agit pas de répondre ici mais la démarche et le contenu des enseignements liés aux arts de la rue, tels qu’on les retrouve en Europe, constituent à l’évidence des éléments de réponse déterminants.

Entre les enseignements de type universitaire qui nous permettront à terme d’être compris, promus, produits, critiqués et racontés de manière pertinente, et les formations techniques spécifiques (jeu, danse, manipulation, administration, régie etc..), qui alimentent nos pratiques, il y a une marge.

Pour autant, les mille et unes façons d’enseigner ce métier (une licence universitaire, un module, une Formation itinérante et prospective, un stage etc.) représentent une richesse d’approches qu’il ne parait pas évident, ni nécessaires d’unifier à marche forcée.

Par contre, confronter, partager, voire mutualiser, et recenser ces différentes catégories de formation au niveau européen paraît de toute première urgence et c’est un chantier qu’ HorslesMurs, à travers Circostrada, devrait pouvoir mener.
Au sein des organismes de formation, la FAI AR, par son approche résolument originale, apparait indubitablement comme la mieux dotée et la mieux à même de créer un module ouvert sur les différentes modalités de transmissions, non seulement par des échanges d’informations mais aussi par des pratiques mutualisées.

En ce qui concerne les filières universitaires, regrettons l’absence à Ljubljana de représentants non-britanniques, et notamment français de ce type d’enseignement. Il y a des réseaux européens d’échanges à créer, qui devront passer entre autres par la reconnaissance, voire la titularisation, d’enseignants universitaires issus du monde professionnel pour se développer (une pratique déjà initiée en 70 pour l’université de Vincennes). Nous avions parmi nous, par exemple, une enseignante universitaire turque dont la seule possibilité effective d’impulser des échanges chez elle passe obligatoirement par le statut universitaire des formateurs.

De toutes les options de formation, nous n’avons pas mentionné celles qui s’adressaient non pas à un individu mais à un groupe ou une compagnie déjà en activité, qui peuvent représenter un intérêt non négligeable d’avancée professionnelle.

Il a été mentionné, demandé, imaginé, l’éventualité d’un (ou de plusieurs) centre Européen des Arts de la Rue (fut-il réticulaire) dédié à la facilitation du passage des frontières (linguistiques, administratives, techniques, artistiques. une ambition qui rejoint tout à fait celle de la Fédération.

Nous avons pu constater, à travers nos échanges avec nos partenaires européens, que, sur tout notre continent, la libre expression dans le cyberspace et l’espace public se heurte de plus en plus aux règlements tatillons et à une vision sécuritaire et bloquée de leurs usages. Oui la liberté peut être dangereuse pour les pouvoirs en place et iceux n’hésitent pas à user de règlements liberticides pour la limiter. Mais ce problème, s’il impacte directement nos activités, nous dépasse largement, et ne concerne pas seulement notre pays, ni notre secteur. La proposition d’un Observatoire Européen des Libertés dans l’espace public, pourrait représenter un axe d’action pour les prochaines années. Soyons en pointe mais partageons.

Même si, à l’exception relative de la France, le nombre de pratiquants des arts « de rue » et leur reconnaissance et accompagnement dans le cadre des politiques culturelles reste limité sur notre continent, il demeure qu’il ne cesse de progresser et que l’art en espace public, secteur encore en émergence, pourrait bien devenir dans les prochaines années un socle de cohésion et d’avancées européennes.
Il ne tient qu’à nous de l’impulser.

La façon que nous aurons d’en perpétuer et développer la pratique sera, à ce niveau, déterminante.


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