Edito de Décembre 2011 - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Edito de Décembre 2011

Frilosité
vendredi 2 décembre 2011
par  lafede

L’hiver pointe à peine le bout de son nez que la frilosité s’est solidement installée, principalement dans le débat électoral. Où sont passées les timides ouvertures des primaires de l’un et de l’autre ? le débat citoyen ? la remise en cause des routines aliénantes ? la mise en commun des enjeux et des moyens ? la co-construction citoyenne ? l’utopie, entendue comme un lieu qui n’existe pas encore ?

Les équipes de campagne se sont mises en place et le débat s’est singulièrement rabougri, confiné qu’il se trouve au terrain asséchant de la bonne gestion et des notations Damoclès, exactement là où le pouvoir voulait l’amener. Si le pouvoir rend fou, sa quête n’a rien à lui envier. Les maladresses, précautions, circonvolutions voire démagogies gagnent du terrain à grand pas. L’Europe, basse-cour caquetante s’agite pendant que les renards de la finance internationale y choisissent leurs proies. Revisionnez Chicken Run, les gars. Sans union, aucune chance de s’en tirer. Voilà qu’on nous ressort le discours nationaliste le plus glauque, la xénophobie de bas-étage. Après les tire-au-flanc, les immigrés clandestins, les malades et les chômeurs, on s’attaque désormais aux demandeurs d’asile, aux immigrés légaux et, de mieux en mieux, suite aux décisions contestables pour sauver l’Euro, à l’ « allemand » qui nous impose sa loi, pourquoi pas le boche ? Et qui s’inquiète du fait que Mme Merkel est très loin de faire l’unanimité chez elle et que d’autres allemands ont d’autres idées sur cette crise et les solutions à lui apporter ? Barrès et Maurras sont de retour. L’irresponsabilité gesticulante au pouvoir et même dans l’opposition. Tout marche comme sur Déroulède. C’est le grand n’importe quoi européen. Où sont les réseaux trans-nationaux, pourquoi reste-on parqué dans ces frontières qui ne sont plus que les murs de nos médiocrités. Ce pataquès qu’on nous fait sur la nationalité française, ses droits et devoirs, ce privilège, que veulent-ils dire à l’heure du village global ? Vous êtes en retard de trois révolutions au moins, et notamment la révolution internet. Qui se préoccupe de la France qu’on nous impose quand celle qu’on pourrait aimer est à l’agonie depuis des lustres ? Le premier abandon de souveraineté qu’on doit déplorer, c’est celui des politiques de tous les pays qui ont décidé de laisser le pouvoir à la finance et aux financiers.

Ecoeurant climat, écœurante rhétorique, un étouffoir qui s’impose où les aigreurs rances se délectent. Si délétère que, désormais, l’accent d’Eva Joly devient un handicap. La honte ! Encombrés qu’ils sont de l’environnementalisme conservateur qui fait une grande part de leur électorat, les verts ont oublié de rêver et de nous faire rêver. Le PS bégaye sa crédibilité, écope à la va-comme je te pousse, oublie ses fondamentaux. Seul Mélenchon parle encore haut et fort mais les invectives ne font pas le programme et il lui manque encore ce grand réseau de réseaux citoyens, cette réflexion collective, cette attention au quotidien qui donnerait de l’assise et du périmètre à un projet qui ressemble parfois singulièrement à « laissez-moi une place ! ». Bayrou mise sur une hypothétique union nationale et Morin cherche à exister. Quant aux autres, mêmes recettes, mêmes résultats attendus « changeons tout pour que rien ne bouge »

La peur est mauvaise conseillère. Ce qui nous pend au nez, ce qui a déjà commencé, c’est le règne des experts, la fin de toute démocratie. Aux grands industriels on va confier l’industrie, aux grands mandarins la médecine, aux grands banquiers la finance et aux grands directeurs d’établissement la Culture, parce que nous, les citoyens, évidemment, nous ne sommes pas assez compétents. Quand c’est la panique à bord, on appelle les cadors et tout le monde se tait. Sans que la question des critères soit même évoquée.

Il ne leur manquera plus que de nous inventer une bonne guerre.

Pendant ce temps, chez ceux qui n’ont pas de postes à gagner ou à sauver mais qui se sentent à l’étroit dans le monde qu’on leur a fabriqué, ça s’agite, ça discute, ça invente, ça trépigne comme nous l’avons fait avec « l’Art est Public ». Et si le monde s’en trouve parfois légèrement changé, c’est peu dire que ce travail est insuffisamment médiatisé. Saluons entre autres et au passage les Souffleurs commando poétique, qui ont amené un grand souffle utopique à Aubervilliers, ou le Théâtre de l’Unité avec son G29, et tous ceux qui, à Strasbourg, Niort ou Montpellier réinventent inlassablement leurs pratiques pour redonner du sens, de l’allant et du souffle à notre vivre-ensemble, à cette chose fragile et constamment tourneboulée qu’on appelle société.

A nous, artistes et acteurs culturels, revient la tâche d’agiter le cœur de ce qui nous unit, persévérer, utopiser, poétiser, inlassablement nous rêver pour avancer, ne pas subir, ne pas s’éteindre, ne pas haïr. Nous avons un mot d’ordre pour cela, et des échéances pour populariser les contenus, réfléchir les fondamentaux et inventer les déclinaisons, notamment cette Université Buissonnière que nous nous concoctons pour les 9 & 10 Février à Marseille. Mais nous avons aussi des démarches, des rendez-vous à prendre, tant du côté des politiques que de la société civile pour rappeler l’importance fondamentale de la culture, faire signer notre appel, réinventer la cité et sortir cette campagne électorale du bourbier où elle s’enfonce.

Reste que tout ceci ne prend son sens qu’à partir de nos avancées artistiques, notre implication citoyenne et, plus prosaïquement, des moyens que nous nous dégottons pour les continuer.

Bientôt Noël, on a déjà les boules, arrangeons-nous pour faire naître quelques étoiles.

Pierre Prévost


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