Edito de Décembre 2010

mardi 14 décembre 2010
par  lafede

Ceci n’est pas un communiqué de la Fédération des Arts de la Rue à propos du texte « la Culture pour chacun ».

Le contexte dans lequel intervient ce fameux texte –contexte où le mot méfiance semble un doux euphémisme- le rend difficile à appréhender sereinement. Du coup, on s’interroge sur la validité, l’intérêt, la justification d’une pareille déclaration.

Il nous semble qu’il serait urgent de redéfinir le sens du mot culture avant d’en repenser la politique.

L’expression « culture pour » tous ou chacun implique déjà une notion de culture délivrée, consentie, distribuée par les uns aux autres tandis qu’on néglige la « culture de-chez-avec-a travers-par… » qui semble tout aussi importante, voire primordiale.
Et si l’on envisage la culture au sens large, au sens de ce qui nous unit comme de ce qui nous spécifie, incluant donc les langues, la littérature, les us, les arts, les fêtes ainsi que les modes de vie et de production, la gastronomie, l’urbanisme, l’histoire, l’éducation, les mœurs, les religions, les sciences et la philosophie, ce débat ne saurait se réduire aux seuls acteurs culturels, encore moins artistiques. Parce que ce qui se joue ici c’est la question des volontés et des visions communes.

Il apparait dans ce débat une peur (ou une envie) que cette fameuse « culture » perde de la hauteur en prenant de la largeur. C’est confondre le son avec l’air qui le porte. Il y a ici une place à re-rêver pour l’artiste dans la société.
Quand la culture nous arrime, l’art peut nous faire décoller.

En tant que créateurs, passeurs, programmateurs, lieux de fabrique… des arts de rue, le fait de déployer nos pratiques dans l’espace public, qui nous donne un rapport direct et large à toutes sortes de publics, nous rend particulièrement sensibles aux problématiques de l’échange culturel, de la communion artistique, du populaire, du partagé, du sens et du galvaudé.
Nous représentons une « inter-discipline » qui s’enrichit des démarches des différentes disciplines artistiques, ce qui nous rend forcément solidaire au plus haut point du destin de ces disciplines et de leur devenir quelque soit l’endroit où on les pratique.
A ce titre nous sommes indissolublement attachés aux moyens qui permettent à leurs équipes artistiques de les faire vivre, développer et partager.
Au même titre, nous sommes farouchement attachés aux conditions de vie de tous les artistes et acteurs culturels, ainsi que des réseaux et établissements qui constituent, jour après jour, et sur tout le territoire un terreau fertile d’où naissent maintes œuvres et manifestations qui donnent du sens au vivre-ensemble.
Par contre ,oui, force nous est de constater que les pratiques culturelles actuelles ne touchent qu’une partie minoritaire de la population, mais aussi que l’absence de politique claire et durable de l’Etat, dotée de vrais moyens, non seulement pour une évolution des cahiers des charges des lieux et dispositifs culturels dont il a en partie la charge, mais aussi pour une vraie jonction de l’action culturelle avec d’autres domaines tels que l’éducation, le social, l’urbanisme, et bien d’autres services publics, et encore pour une action concertée avec les collectivités territoriales, a privé durablement toute une part de la population de l’environnement artistique à laquelle elle avait droit, que des véritables fossés culturels s’instaurent de façon alarmante, et qu’il y a là un chantier urgent, exigeant, vital.

Une fois faite cette constatation, le danger est prégnant de la voir réduite à une pernicieuse démarche de rentabilité où on chercherait à déshabiller les uns en faisant croire qu’on va nourrir les autres, mais avec bien moins…
Peut-être est-il temps pour l’ensemble des artistes et professionnels de culture de tous les secteurs de se réinterroger sur leur place dans la société.
Peut-être est-il temps de sortir de l’entre-soi pour provoquer le débat avec les citoyens.
Peut-être est-il temps de relancer l’idée des « bouillons de culture ».
Quelle valeur représente un ministère de la Culture s’il ne défend la notion de service public ?
Quelles valeurs peuvent revendiquer des politiques culturelles si elles ne sont d’émancipation ?

Au lieu de quoi, la marchandisation nous parquerait dans nos manies, et c’est en partie ce dont il est question ici.

Peut-être est-il temps de redonner à la culture sa véritable place en amont du politique et non l’inverse.

Pour faire avancer la réflexion et sa mise en acte, nous disposons dores et déjà d’outils précieux qui dépassent le cadre hexagonal : Agenda 21 pour la culture, déclaration de Fribourg, Convention de l’Unesco…

Les Forums CPC qui nous sont proposés ne posent ni les bonnes questions, ni ne constituent décemment un cadre à la hauteur. Nous appelons à nous y rendre en masse, les perturber, subvertir, déborder, avec nos approches & nos exigences communes et tous ceux qu’elles concernent : associations culturelles, professionnelles, d’éducation populaire, syndicats, assos de quartier, citoyens, militants de tous poils, chercheurs, enseignants, penseurs… à multiplier en amont et aval des réunions exogènes, ouvertes, prospectives… afin que ce dossier n’ait aucune chance d’être détourné ou confisqué.

Nous serons à la manifestation du 13 décembre parce que cet enjeu est primordial et que nos avancées ne pourront se faire que solidairement.

Pierre Prévost


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