Contribution de l’UFISC à "L’art est public"

samedi 29 octobre 2011
par  Sandrine

Issu du Manifeste de l’Ufisc « Pour une autre économie des arts et de la culture » et de la synthèse "culture" des "cahiers d’espérance" réalisés dans le cadre des Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire

La culture et les arts constituent un enjeu de civilisation majeur, qui doit être pensé du local au global, pour faire progresser toute société humaine.

Selon la place et le traitement qu’il leur ait donné dans nos sociétés, il y a le risque de s’orienter collectivement vers une inhumanité d’individus dressés les uns contre les autres. Le seul principe qui s’impose dès lors est l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme selon lequel les êtres humains naissent libres et égaux en droit et en dignité ; chacun d’entre eux mérite considération pour ce qui le constitue dans son autonomie : son identité culturelle.

Sur la base de valeurs communes déclarées dans le Manifeste pour une autre économie de l’art et de la culture, l’UFISC défend les principes des droits culturels, sur la base des droits de l’Homme, qui reconnaissent à chacun une créativité et une expression propres, et de la diversité culturelle, qui constitue le terreau de l’échange, de l’innovation et de la création et le patrimoine commun de l’humanité. La diversité culturelle, affirmée par l’UNESCO dans une convention ratifiée par cent quatre vingt pays, est « pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant ». La vivifier c’est considérer et entretenir toute l’étendue de la diversité des expressions artistiques et culturelles pour construire ce « vivre-ensemble » nécessaire à toute société humaine.

Contre les logiques de dictature du marché concurrentiel qui tend à enfermer les personnes dans la compétition individualiste, la rationalisation financière des rapports humains, l’uniformisation des contenus et la stricte posture « producteur/consommateur » ou « prestataire/commanditaire », doit s’ouvrir dans l’espace public la voie d’une éthique culturelle, fondée d’abord sur les droits à la culture des personnes et des peuples ainsi que sur des principes et pratiques solidaires.

C’est pourquoi, nous pensons qu’il est urgent de :

• renouveler collectivement les principes, les valeurs, l’éthique qui fonde l’intérêt général pour les arts et de la culture

• coconstruire, de façon démocratique, participative et citoyenne, des politiques publiques ambitieuses pour les arts et la culture, fondées sur la diversité, l’équité et la considération des droits culturels,

• développer la coopération, la solidarité et la démocratie sur les territoires,

• consolider et renforcer le service public et les initiatives d’intérêt général.

Nous défendons, sur la base du Manifeste pour une autre économie de l’Art et de la culture :

La primauté de la diversité artistique et culturelle

• Nous affirmons la nécessité de respecter les différentes formes d’expression artistique et culturelle, qu’elles soient professionnelles ou amateurs, individuelles ou collectives, industrielles ou artisanales,

• Nous militons pour que les politiques culturelles se fondent sur la notion de citoyen, plutôt que sur celle de public ou de client, principe essentiel à la construction d’une société bâtie sur la participation et l’échange entre les personnes qui la composent, plutôt que sur leur capacité de consommer,

• Nous revendiquons l’existence d’un troisième espace artistique et culturel, fondé sur l’initiative privée au service de l’intérêt collectif.

La primauté de la coopération, fondement de toute activité humaine

• Nous appelons à une gestion partagée des entreprises artistiques et culturelles,

• Nous œuvrons pour que des formes de redistribution de la richesse collectivement produite soient mises au profit du plus grand nombre,

• Nous affirmons que la transmission et l’action culturelle sont constitutives de l’activité artistique. Elles témoignent de l’implication de l’artiste dans notre société et contribuent, par l’échange, à l’enrichissement de chaque citoyen,

• Nous encourageons la solidarité et la coopération étroites entre les structures artistiques et culturelles.

La primauté de l’initiative citoyenne à buts autres que lucratifs

• Nous affirmons que l’activité humaine ne peut être subordonnée au seul intérêt financier,

• Nous œuvrons pour aménager un cadre législatif et juridique qui prenne en compte la pluralité des modes économiques de nos structures,

• Nous prônons le réinvestissement de l’ensemble des excédents financiers dans le projet artistique et culturel,

• Nous militons pour une définition pertinente des rôles, droits et obligations respectifs liés aux statuts de bénévole, de volontaire, de stagiaire.

Dans une volonté de veille, de partenariat et de coopération entre toutes les parties prenantes d’une société (citoyens, habitants, usagers, professionnels et collectivités publiques), nous demandons que la garantie de la diversité culturelle, de l’équité territoriale et de la considération des populations soit le fondement de toute politique artistique et culturelle.

Cette politique doit se construire sur :

· La prise en compte des pratiques artistiques dans leur diversité,

· Le développement concerté et co-construit des politiques publiques,

· L’appui aux entreprises artistiques et culturelles d’intérêt général.

NOS PROPOSITIONS AU DÉBAT :

AFFIRMER LE PRINCIPE PREMIER D’INTERÊT GÉNÉRAL ET DE BIEN COMMUN DE LA CULTURE

La culture ne peut pas se retrouver enfermée dans des logiques de marchandisation, liée à la rentabilité économique et une vision consumériste d’une offre culturelle, de communication politique ou de cloisonnement et d’exclusion (hiérarchie de formes, censure et risque identitaire…) au détriment de la diversité culturelle, comme bien commun de l’humanité et des droits culturels de toute personne humaine. Il est nécessaire de mettre au centre du principe d’intérêt général pour les valeurs, les idées et relations culturelles, la diversité culturelle (Déclaration de l’Unesco) et les droits culturels (Déclaration de Fribourg).

1. Renforcer et développer les politiques publiques qui protègent et promeuvent la diversité culturelle, assise sur les droits de l’homme, en respectant et en développant sur un territoire la diversité des initiatives, des formes, des sujets, des activités proposées qui touchent aux productions et relations culturelles (projet collectif, schémas de développement culturel territoriaux…)

2. Exclure la culture, au sens de la diversité culturelle et des droits culturels de tous, du champ concurrentiel de la Directive Services.

3. Reconnaitre l’art et la culture comme des enjeux fondamentaux de développement de nos sociétés et du vivre ensemble en mettant la culture au cœur de l’ensemble des politiques locales, dans le cadre du développement durable, en encourageant par exemple la rédaction d’agendas 21 de la culture dans chaque ville ou territoire et en intégrant les questions anthropologiques (notamment sur la qualité des relations humaines) dans tous les niveaux de réflexions et d’actions (politique, économique, social, environnemental…), en intégrant aux indicateurs de richesse et d’utilité sociale.

4. Reconnaitre et mettre en place un droit à la pratique artistique et culturelle pour tous, en soutenant en particulier la protection et la promotion des pratiques culturelles en amateur ou en favorisant les nouveaux usages participatifs et créatifs notamment ceux permis par les nouvelles technologies de l’information et de la communication ou la réappropriation de l’espace public, comme bien commun.

5. Promouvoir et soutenir les dynamiques portées par la jeunesse

(renouvellement des formes, pratiques…) par la sensibilisation / formation (éducation et intervention artistique), l’appui aux (nouvelles) pratiques (ouverture d’espace d’expression dans les milieux scolaires, pratiques participatives et solidaires…)

6. Développer des conditions propices de productions et d’échanges diversifiés de biens et de relations artistiques et culturels (réguler la concentration économique, financière, institutionnelle…)

NOS PROPOSITIONS AU DEBAT :

DEVELOPPER UNE LOGIQUE DE COOPERATION ET DES CO-CONSTRUCTIONS DEMOCRATIQUES

Nous dénonçons le passage d’une logique partenariale et citoyenne vers une logique unique de prestation et de concurrence qui pousse toujours plus vers l’isolement et l’individualisation, en privilégiant le désengagement public et des phénomènes de concentration (financière, économique, territoriale ou de politique publique) qui met à mal la diversité et les écosystèmes locaux. Il est nécessaire de soutenir les différentes formes possibles de coopération culturelles et artistiques sur les territoires, comme fondement même de toute valeur, tant symbolique qu’économique, et comme un autre mode de développement du champ culturel.

1. Mettre en place des processus de co-construction des politiques publiques via la mise en œuvre de concertations territoriales qui prennent en compte la diversité des acteurs et les démarches de coopération et via la sécurisation des logiques de partenariat entre initiatives et collectivités (abandon de la circulaire Fillon de janvier 2010, promotion des conventions de partenariat…).

2. Accompagner la coopération, développer des politiques de coopération incitatives sur les territoires :

o Soutenir les démarches de pôle de coopération territorial, sur la filière ou transectoriels.

o Inscrire le principe de solidarité entre projets, de partenariats multipartites sur les territoires, de construction participative avec les usagers etc. comme un levier dans les dispositifs de politiques publiques.

o Mettre en place des fonds de soutien aux projets coopératifs territoriaux…

3. Apporter un appui à la structuration notamment territoriale des initiatives (logiques de recherche et développement, interconnaissance, maillage et mise en relation des acteurs, constitution d’espaces et de démarches de structuration collective des acteurs à un niveau territorial (travail, concertation, proposition, négociation…)).

4. Solidarité et mutualisation sur la filière (en considérant la chaîne de valeurs) : fonds de soutien mutualisé pour une redistribution plus juste de la valeur créée à l’échelle de la filière (culturelle, créative, touristique etc.) ou du territoire, chartes et systèmes équitables pour une rémunération juste et équitable de tous les acteurs de la filière, accompagnement solidaire des structures en démarrage / développement…


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