C.A. du 13/04/2000 à Port Saint Louis, Ilotopie

jeudi 13 avril 2000
par  lafede

La rencontre s’est déroulée sous le signe des retrouvailles entre les membres fondateurs de la Fédération et ceux de l’actuel C.A.

Etaient présents : Cathy Avram (Cie Générik Vapeur), Pierre Berthelot (Cie Générik Vapeur), Michèle Bosseur (Le Fourneau de Brest), Philippe Chaudoir (Université de Lyon 2), Michel Crespin (Lieux Publics), Ema Drouin (Cie 2ème Groupe d’Intervention), Frédéric Duperray (Cie Hector Protector), Claudine Dussollier, Patrice Farineau (Lieux Publics), Philippe Freslon (Cie Off), Denis Grzeszczak (Cie 12 Balles dans la Peau), Jean-Raymond Jacob (Cie Oposito), Maud Le Floc’h (Cie Off), Gilles Rhode (Cie Transe Express), Philippe Saunier-Borell (Affaires Culturelles de Saint-Gaudens), Pierre Sauvageot (Décor Sonore), Bruno Schnebelin (Cie Ilotopie), Jean-Marie Songy (Festivals d’Aurillac et Furies-en-Champagne) ainsi qu’Anne Guiot (La Fédération) et Pascale Canivet (La Fédération - compte-rendu).

Deux axes principaux de discussions ont alimenté les débats : une réflexion-bilan sur la phase actuelle de la Fédération des Arts de la rue, notamment dans ses relations avec les institutions et administrations diverses, et une interrogation sur l’étape suivante ainsi que le message à véhiculer dans la perspective d’une évolution constructive de la Fédération, association professionnelle des arts de la rue.

Par ailleurs, le départ d’Anne Guiot, actuelle coordinatrice générale de la Fédération, pour l’Association de préfiguration de la Cité des Arts de la Rue à Marseille où elle exercera les mêmes fonctions a été annoncé. Elle sera remplacé par Pascale Canivet qui s’est présentée brièvement (pour plus de détails, voir la dernière lettre d’infos signée Anne Guiot).

Nécessité de passer à une action visible portée par la fédération

La phase et les démarches actuelles de La Fédération

L’importance et le nombre des démarches entreprises auprès des institutions et administrations dont un des rôles serait de soutenir les professionnels des arts de la rue (DMDTS, HLM, ONDA, AFAA...) a été souligné et même défini comme du harcélement pédagogique, voire de l’acharnement pédagogique. De toute évidence, cette façon de procéder ne porte pas ses fruits rapidement, d’autant plus que les mouvements parmi les décideurs de la culture rendent difficiles le suivi des engagements énoncés. Il apparaît que ces démarches nombreuses, usantes et peu satisfaisantes arrivent au bout de leur logique et demandent peut-être le passage à une action plus visible aussi bien pour les gestionaires de la culture et des arts que pour le public des arts de la rue et même l’ensemble du public. La proposition d’un rassemblement emblématique des professionnels des arts de la rue en octobre prochain est débattue à partir d’une proposition d’action intitulée provisoirement "Un Etat général, des états généraux".

Le débat sur cette proposition entraîne une série de propositions et fait apparaître la nécessité de clarifier le message à transmettre dans l’optique d’une telle action et de déterminer les destinataires du message. "Dire quoi et à qui ?", en somme.

Ainsi, une action visible dépasse-t-elle la simple relation au Ministère et la revendication liée à la demande de moyens financiers supplémentaires (cf engagement de Catherine Trautman pour 9 M de france en 1999). De même, trois publics différents sont identifiés comme destinataires : le Ministère de la Culture, bien évidemment, les médias, et le groupe d’études parlementaire sur les arts de la rue de l’Assemblée nationale.

Réflexions sur le message à formuler

Le débat sur le contenu du message à faire passer auprès des trois publics désignés ci-dessus précise à nouveau la spécificité des arts de la rue et s’articule forcément autour de la notion d’espace public.
Pour résumer, le coeur du message est lié au rôle premier de l’artiste de rue qui transforme l’espace public en scène ouverte. Par là même, l’artiste permet aux habitants et au public de ses spectacles de s’approprier cet espace "confisqué" par l’Administration qui l’enferme dans des réglements et des régulations et l’encombre de mobilier urbain. C’est le coeur du message qui concerne le grand public.

Ainsi, à la fonction première de l’artiste de rue s’ajoute celle d’un citoyen porte-parole de ses concitoyens qui "rend l’espace public à la population des villes" (d’où présence de certains dans les commissions et comités de pilotage divers mis en place par les services d’urbanisme de certaines villes). De ce fait, il est important de souligner les passerelles qui existent entre les préoccupations des artistes liées à l’espace public et celles des élus gestionnaires de ce même espace public. C’est cette fonction seconde de l’artiste de rue qui est au centre de la relation avec les élus.

Le message central comme le message périphérique doivent être répercutés par les medias. C’est de la visibilité des actions entreprises et de leur dimension spectaculaire qu’ils se feront échos.
Reste le message destiné au Ministère de la culture (la reconnaissance financière des arts de la rue et l’augmentation des moyens qui lui sont attribués). Celui-ci a été dit et redit, discuté et explicité lors de nombreux rendez-vous. Le problème aujourd’hui n’est pas sa formulation mais une montée en puissance de pressions pour le faire entendre et suivre d’effets concrets.

Actions envisagées

Deux types d’actions ont été proposées. Les unes ont trait à la visibilité des arts de la rue, les autres à un lobbying "organisé".
Les unes sont du domaine du spectaculaire, les autres d’ordre stratégique. Les deux doivent être menées de front.
L’énonciation de ces propositions n’a pas abouti à une prise de décision ferme pour l’une d’entre elles. Cependant, le passage à l’action avec une manifestation visible par tous paraît nécessaire.

Propositions d’actions spectaculaires :
- un Etat général des arts de la rue en octobre prochain à Paris, rassemblements de compagnies sur l’espace public sous forme de spectacles (cf document "un Etat général, des états généraux"), ou de débats publics,
- des manifestations simultanées dans dix villes moyennes en France menées par les compagnies (rassemblements des compagnies sur leurs territoires respectifs),
- une opération "commando" dans une ville choisie de façon aléatoire,
- une invasion organisée de l’Assemblée Nationale,
- une claustration des députés à l’Assemblée Nationale (en les emmurant),
- une grève d’une journée pendant chaque festival avec prise de parole sur les revendications de la profession pendant cette journée,
- une grève pendant toute la durée d’un festival comme, par exemple, celui d’Aurillac,
- une invasion d’un certain nombre de lieux de spectacles conventionnels.

Proposition pour le développement du lobbying
- prendre appui sur les membres du groupe d’études parlementaire des arts de la rue mené par M. Bourguignon,
- entreprendre des démarches "pédagogiques" auprès de chacun des députés concernés. Différentes actions possibles sont mentionnées : envoi d’un courrier émanant de la Fédération, prise de rendez-vous et explicitation de la problématique des arts de la rue par un membre de la Fédération, invitation et accompagnement par un membre de la Fédération lors d’un festival.
- prise de contact avec le responsable du groupe parlementaire M. Bourguignon et rencontre avec le groupe,
- rencontre avec le groupe parlementaire lors du prochain festival à Sotteville-les-Rouen.

Une action regroupant l’ensemble des objectifs à atteindre a été proposée dans la dernière partie de la réunion. Elle a été examinée longuement et a obtenu l’assentiment des personnes présentes. Cependant, énoncée en fin de réunion, elle n’a pas pu faire l’objet d’un vote, certains des participants ayant dé quitter la discussion en raison d’impératifs professionnels.
Cette action consiste à investir deux espaces de deux objets emblématiques monumentaux des arts de la rue (c’est volontairement que nous ne mentionnons pas ici de quels objets il s’agit, l’accord pour disposer de ces objets doit être négocié avant de les nommer).

Ces objets placés l’un devant l’assemblée Nationale , l’autre dans la cour du Ministère de la Culture (locaux de la rue Saint-Dominique ou rue de Valois) sont destinés à rappeler l’existence des arts de la rue et de leur problématique au grand public, aux médias, aux élus et aux techniciens de la culture et des arts, et à signifier à ces deux derniers publics que les arts de la rue doivent être pris en compte dans leurs délibérations et l’attribution des budgets. Ces objets seraient placés dans leurs espaces respectifs à l’ouverture de la session parlementaire de la rentrée d’octobre.
Eventuellement, des tracts résumant le sens des arts de la rue, faisant mention à la fois de la scène ouverte que représente l’espace public et de l’insuffisance de la prise en compte par les pouvoirs publics de la particularité artistique des arts de la rue, seraient distribués autour des objets.

Parallèlement, l’originalité du procédé et l’image visuelle forte des objets entraîneraient une couverture par la presse qui permettraient de faire passer un message double : la précarité des moyens attribués aux arts de la rue et le sens des arts de la rue dans l’univers contemporain.

Axes à développer dans un futur proche

Ouverture de la Fédération

Plusieurs membres ont fait le constat d’une relative fermeture de la Fédération voire d’une "consanguinité" potentielle.
Diverses propositions ont été faites à ce sujet :
- la recherche de points d’appui extérieurs incarnés par des personnalités ne faisant pas partie du milieu des arts de la rue et concernées par l’espace public : architectes, sociologues mais aussi personnes influentes auprès des institutions et des élus. Peu de noms ont été prononcés. Cependant, c’est une piste à creuser, sous un épuisement des forces vives des arts de la rue étant constaté.
- l’augmentation des adhérents et des sympathisants de la Fédération est souhaitable. Elle passe par l’intégration d’autres acteurs des arts de la rue (notamment des compagnies) qui ne connaissent pas le travail réel de la Fédération ni la démarche de ce groupe de réflexion tout en vivant les mêmes questionnements et la même réalité quotidienne. Deux actions peuvent être entreprises dans ce sens : la création d’une nouvelle commission dont le rôle serait de réfléchir aux moyens d’ouvrir la Fédération et le parrainage d’une compagnie par chacun des membres de la Fédération qui commencera par l’invitation d’un représentant de cette compagnie à la prochaine réunion de la Fédération.