Audition de Jérôme Bouët, directeur de la DMDTS, par le groupe d'étude parlementaire pour les arts de la rue, le 01/12/04. - La Fédération Nationale des Arts de la Rue

Audition de Jérôme Bouët, directeur de la DMDTS, par le groupe d’étude parlementaire pour les arts de la rue, le 01/12/04.

lundi 17 janvier 2005
par  lafede

Ordre du jour : audition de Jérôme Bouët, Directeur de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles accompagné de Marie Moreau-Descoings (DMDTS) et de Elena Dapporto (DMDTS).

Pierre Bourguignon, Président du groupe d’études, a rappelé les missions du groupe qui sont de favoriser le développement des arts de la rue et de favoriser les échanges entre les professionnels, les collectivités et l’Etat.

Jérôme Bouët a salué l’engagement des parlementaires qui défendent les secteurs de la culture avant de présenter l’année des Arts de la Rue, appelée le Temps des Arts de la Rue, et de faire un rappel historique sur ce secteur « d’une exceptionnelle vitalité artistique » : « il rayonne au-delà des frontières et a complètement modifié les rapports entre le public, les publics, les populations et l’art dans l’espace public, c’est une réussite de ce point de vue là assez impressionnante, procédure qui n’est pas assez analysée d’ailleurs en terme sociologique et esthétique ».

Rappel historique

Les arts de la rue ont une trentaine d’années. Ils ont connu un fort engagement d’un nombre significatif d’élus de collectivités locales, de parlementaires qui se sont engagés de manière très déterminée et très volontaire.

Deux grandes étapes pour l’Etat :
- en 1995 un premier plan de soutien aux arts de la rue qui permet de lancer ce qui font aujourd’hui les fondations de la politique culturelle dans ce domaine, c’est aussi la formation de « Hors les murs » qui a lancé des lieux de fabrications, si importants pour le travail des artistes.
- 1999 avec Catherine TRAUTMANN, ministre de la Culture, qui donne des moyens budgétaires vraiment significatifs.

Etat des lieux

- L’Etat dépense 6,5 millions d’euros au total pour les arts de la rue.
- La commission nationale aide au processus de création notamment sous la forme de résidence, d’aide aux compagnies soit à la production soit sous forme de convention
- Six lieux de fabrications importants ont été repérés et soutenus par le Ministère dont Brest, Châlon, Sotteville qui sont l’image de ce que nous devons essayer de développer.
- Lieux publics a un statut un peu particulier : centre national de création pour les arts de la rue avec une fonction d’accompagnement artistique et professionnelle
- Des festivals au niveau national dont on sait qu’ils ont joué un rôle majeur dans les arts de rue (Aurillac, Châlons-sur-Saône, Châlon en Champagne, Sotteville-les-Rouen, Angers ...)
- Hors les murs, le centre de ressources pour le secteur des arts de la rue et du cirque créé en 1983 qui arrive maintenant à son âge adulte.

Présentation du Temps des arts de la rue

Cette idée de faire une année des arts de la rue qui peut être déborderait l’année civile, c’est à la fois :
- un enjeu de visibilité parce qu’il faut dans notre société un peu d’évènements, un peu de symbolique, un peu d’images ;
- un enjeu de pédagogie afin de faire comprendre à tous : public, décideurs économiques quels sont les enjeux aujourd’hui des arts de la rue ;
- un enjeu de développement qui est de franchir une nouvelle étape de développement des arts de la rue et non pas seulement de faire un évènement brillant mais éphémère et d’aider le domaine à se structurer.

Quel contenu pour ce temps des arts de la rue ?

Il est en construction en ce moment via un groupe de travail auquel le ministère participe plutôt en tant qu’observateur, la Fédération des arts de la rue est très présente, très active. Ce groupe définit une méthode et des contenus, et il est très important que les professionnels s’approprient la démarche et non pas que celle-ci soit plaquée par le Ministère.

Les sujets devraient porter sur la question :

- des lieux de fabrication (aide à la fabrication artistique en donnant plus de moyens aux compagnies)
- du renforcement de la diffusion avec les festivals qui jouent un rôle très important, mais en même temps, ne doit-on pas inventer d’autres modes de diffusion qui ne soient pas dans une logique festivalière et qui permettent peut-être plus de prises de risques ? Par exemple, le ministère réfléchit à des dispositifs qui permettraient de manière incitative à ce que les scènes nationales, les théâtres programment les arts de la rue en cours de saison.
- des collectivités locales : comment faire en sorte que des collectivités territoriales s’engagent sur des zones (zones pilotes) sur les quelles pourraient avoir un engagement fort par rapport aux arts de la rue sur un temps donné en espérant qu’après les choses continueront.
- la formation professionnelle et comment la développer.

Sur la question de l’élargissement des arts de la rue à l’architecture, aux arts plastiques, à l’urbanisme, ce serait dangereux de le faire et ce sont les artistes qui répondent à cette question par leur travail. Et il faut d’abord répondre aux enjeux des professionnels.

Reste à construire un programme plus précis, à constituer un comité de pilotage et à organiser un dialogue plus approfondi avec les élus

Budget : Réaffirmation de l’importance des arts de la rue, placés très haut dans l’affichage ministériel. Le ministère a annoncé qu’il consacrait 2 millions d’euros en 2005 pour amorcer ce temps des arts de la rue. Sera vu ensuite sur ce qui pourra être fait.

Le ministre devrait s’exprimer sur cette année des arts de la rue, courant du premier trimestre 2005.

Sur le renforcement de la programmation des arts de la rue sur l’année

- En 2005, le ministère souhaite mettre en place des zones pilotes. Il s’agit d’imaginer un fond à la fois collectivités locales et Etat qui permettrait d’inventer une autre manière de présenter les arts de la rue qui ne soit pas forcément pendant les festivals mais au cours de l’année.

Pierre Bourguignon a cité quelques pratiques avec le festival « Viva Cité » : un travail en lien avec les autres équipements de la commune de Sotteville-les-Rouen mais aussi avec ceux de l’agglomération, une mise en route d’un lieu de création avec lequel se font « les Mardis de Viva Cité » saison de printemps, saison d’automne et enfin le travail transversal réalisé en amont et en aval avec les adultes et les enfants qui offre une dimension de formation permanente des publics.

Michel Francaix, député-maire de Chambly, a rappelé que les arts de la rue, notamment avec les festivals, ont permis de gagner de nouveaux publics, d’apporter une nouvelle dynamique avec bien sûr des effets pervers qui ont pu faire d’eux aussi et surtout des lieux de communication, des lieux touristiques et de mise en valeur de l’élu local. Mais aujourd’hui le problème est de savoir comment mieux diffuser les arts de la rue, et de prendre l’exemple de sa commune, Chambly dans l’Oise dont le festival, qui a lieu sur 2 jours, a apporté un bouleversement total de la population du secteur en lui permettant de regarder les choses différemment. Cependant, la commune est justement aujourd’hui à la recherche d’une nouvelle dynamique sur un programme annuel. A partir de cet exemple, Michel Francaix a demandé si le ministère peut s’intéresser à ces lieux, à ces territoires qui sont plus difficiles à mettre en valeur car les organisateurs ne savent jamais si la Région, le Département et la Communauté de communes apportent leur concours, ce qui provoque aussi une perte de temps. Il faudrait un relais de l’Etat, un accompagnement car sinon les petits festivals risquent de ne tenir que tant que l’homme qui l’organise le fait vivre comme il peut en être pour des associations.

Jérôme Bouët a reconnu cet enjeu d’ancrage sur les territoires et que ce temps des arts de la rue devait être aussi un temps de ré-interrogation pour les collectivités locales et un enjeu si possible de la politique de la ville.

Pierre Bourguignon a souligné ces 2 dimensions des arts de la rue : pour l’une le travail s’exerce sur des grands lieux et pour l’autre il s’agit d’être en relation avec des publics réels ou potentiels. Nous avons frisé un écueil avec l’instrumentalisation de compagnies ou de créateurs comme inspirateur d’éducation de rue et de travail de médiation. Comme on ne fait pas non plus n’importe quoi avec les publics des quartiers dans sa création. Il doit y avoir ce vrai travail de contacts entre Etat, collectivités, créateurs et publics sinon les risques d’instrumentalisation existeront.

Michel Françaix souligne également la forte tentation pour certains de confondre le culturel et le socio-culturel.

Sur le problème de l’intermittence

Pierre Bourguignon a rappelé le travail de réflexion mené avec la Fédération des arts de la rue sur le problème de l’intermittence et notamment sur l’annulation de festivals pour qu’elle ne donne pas l’impression que ce problème est celui des arts de la rue. Il s’agissait de mettre les festivals au bon endroit et de cesser cette réflexion sur le grand évènement économique de tel festival mis à mal.

Jérôme Bouët a souligné qu’une réflexion est en cours avec le ministère du travail sur la notion de contrat d’apprentissage afin de structurer l’entrée dans les métiers des spectacles, et faire en sorte que puisse être proposée une formation qualifiante : « Nous savons, estime t-il, que l’un des problèmes de l’intermittence est le coût d’entrée nul en matière d’investissement tant pour l’employeur que pour l’employé, ce qui expose les personnes à une vie professionnelle plus difficile et plus chaotique. C’est une des réponses à l’intermittence que nous espérons mettre en œuvre le plus rapidement possible ».

Michel Françaix a fait remarquer l’un des premiers constats du rapport Guillot concernant les 80% des intermittents qui gagnent moins de 1,1 du SMIC : « ce qui évitera de dire à l’avenir qu’ils sont des nantis. D’autre part, on n’est pas certain que la première partie ait fait baisser le nombre d’abus et encore moins le déficit. »

Jérôme Bouët se tient à la disposition des parlementaires du groupe désireux de le rencontrer : tel : 02 35 63 62 36 ou p.petit.cab@mairie-sotteville-les-rouen.fr


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