A.G 2000 (Moulin Fondu) - Rapport Moral

jeudi 9 novembre 2000
par  lafede

L’année 2000, troisième de l’existence de la Fédération, apparaît comme une année de transition, avec ses points forts et ses limites. Mais cette année charnière était de toute évidence nécessaire pour passer de la Fédé "héroïque" qui a ouvert la (les) voie(s), à la Fédé de tous qui devrait éclore.

Fonctionnement interne

De manière pragmatique, la Fédération a acquis un mode de fonctionnement, mi-démocratique, mi-empirique basé sur des réflexions et des projets communs, acquis en 98 et 99, sur des règles éthiques pour ne pas mélanger intérêts particuliers et intérêt collectif, et sur une confiance réciproque. Ce fonctionnement s’articule sur plusieurs strates : le bureau, le conseil d’administration, les commissions thématiques, les groupes régionaux, la coordinatrice.

Le bureau s’occupe du "harcèlement pédagogique". C’est lui qui, sans relâche, interpelle la ministre, son cabinet, ou la DMDTS, sur tous les sujets généraux : mesures nouvelles, suivi des dites mesures, groupe d’études parlementaire, événements type C.R.S. à Aurillac…

Le Conseil d’Administration est notre comité de pilotage. Composé de membres élus, il est la représentation de la profession. Il valide et oriente 4 fois par an l’ensemble des avancées de la Fédé sur tous les sujets.

Les commissions fonctionnent de manière de plus en plus efficaces et autonomes :

- Fiscalité, qui avance de manière très efficace directement avec le Ministère des Finances et dont le champ d’action s’ouvre jusqu’à poser la question d’un statut des entreprises culturelles ou des artistes travaillant en espace public.
- Formation, qui définit avec la DMDTS le cadre des dispositifs nationaux et régionaux d’actions de formation (accord-cadre sur les emplois-jeunes, actions de préfiguration dès 2000…).
- Lieux de fabrique, qui compte tous les jours plus de participants tant le sujet apparaît essentiel.
- International, qui vient de se constituer.

Par ailleurs, des groupes régionaux (Franc-Comtoise de Rue, Fédé Midi-Pyrénées, groupe Rhône-Alpes…) se forment et trouvent chacun des modes de regroupements, d’actions et de pressions différents en fonction des réalités locales.

Enfin, la coordinatrice sert d’interface générale. A ce sujet, un motif de satisfaction (nous avons bien réussi le remplacement d’Anne Guiot par Pascale Canivet), et un motif d’interrogation (le mi-temps de la coordinatrice est évidemment trop court pour pouvoir faire circuler les informations à tous les destinataires).

Cette série de lieux d’actions/réflexions/décisions est très prometteuse. Elle permet de rester "démocratique", c’est-à-dire soumise à des décisions collectives, de laisser du champ aux initiatives locales et sectorielles, de sortir de manière dialectique de la contradiction national/régional.

Le site Internet fonctionne bien, il rend public les textes de la Fédé. Il devrait pouvoir s’ouvrir à une liste de discussion Fédé qui permettra d’avoir un lieu d’information rapide et de discussion (et non de présentation de spectacles).

Moins positif, on ressent un certain éloignement de la part de ceux qui ont porté la Fédé à un certain moment (fondateurs, ex-administrateurs…). Cela est dommage, la Fédé a besoin de fédérer des énergies, et d’associer au maximum ceux qui en ont été les promoteurs. De même, le renouvellement régulier des porte-paroles est impératif, la Fédé ne devant pas être identifiée à quelques-uns (et quelques-uns ne doivent pas s’identifier à la Fédé). On constate également une présence moins forte des débats artistiques qui doivent retrouver leur juste place.

L’État et les Arts de la Rue

Dans notre dialogue avec l’Etat, l’année 2000 restera celle du surplace. L’ensemble des interlocuteurs au Ministère de la Culture a changé : Ministre, cabinet, direction de la DMDTS, inspection, chargé de mission. De toute évidence, les Arts de la Rue ont perdu l’aspect "prioritaire", même très relatif, que Catherine Trautmann avait impulsé. Le changement d’interlocuteurs est commode pour l’Etat. Il lui permet de laisser les passifs (les 9 MF de 99 devenus 6,5, les conventions inabouties…).

En revanche, la Fédé n’est pas étrangère au fait que les postes spécifiques Arts de la Rue aient été remplacés (ce n’était pas évident), et ce par des personnes confirmées. C’est déjà cela. Le harcèlement doit continuer, et si certains fatiguent dans cet exercice répétitif et souvent plus fastidieux que gratifiant, d’autres doivent trouver inlassablement les portes d’entrée.

On doit souligner aussi la création du Groupe d’Etudes Parlementaire sur les Arts de la Rue qui regroupe 50 députés. Il doit être un allier important dans notre combat, non seulement en terme de moyens budgétaires, mais aussi pour pouvoir "confier les clefs de la Ville aux artistes", poser la question d’à qui appartient l’espace public, et de quelle place y existe pour l’Art. La Fédé a œuvré largement pour aider à la constitution de ce Groupe, et en reste l’interlocuteur principal.

De manière interne, on doit aussi se poser la question des moyens d’actions de la Fédé qui a grandi quand l’Etat souhaitait avoir un interlocuteur fiable pour accompagner les mesures nouvelles (98/99), et qui a du mal à faire pression sur l’Etat quand celui-ci se désintéresse du problème. La proposition d’un "acte" public en octobre n’a pas rencontré d’adhésion unanime et est donc retombée. Au-delà de sa pertinence, elle pose la question des moyens de pression de la profession sur des interlocuteurs peu réceptifs.

On ne peut pas toutefois dénier un certain nombre d’avancées en régions, certaines compagnies sont conventionnées, certains lieux de fabrique ont été mieux dotés et labellisés, la commission d’aide aux résidences a été confortée et ne semble pas menacée à court terme.

L’ensemble de tous ces éléments, malgré les faiblesses soulignées plus haut, montre à l’évidence le travail effectué en 12 mois, et nous permet d’affirmer un bilan positif de l’action de la Fédération et de ses élus. La Fédé agit avec les moyens dont elle dispose, et avec l’énergie de ceux qui y consacrent du temps. Elle a besoin de tout le monde, de ceux qui l’ont fondée, de ceux qui l’ont portée à un moment ou un autre, de ceux qui veulent la porter. Elle doit surtout réunir la profession - artistes, compagnies, techniciens, programmateurs, amoureux… - pour continuer à en être la voix collective et à faire avancer la reconnaissance et la structuration des Arts de la Rue.