Deux éditos valent mieux qu’un

lundi 27 mai 2013
par  lafede

Deux éditos de Lætitia Lafforgue et Pierre Prévost suite à l’élection du nouveau Conseil d’administration de la Fédération.

Édito de Lætitia Lafforgue

Il y a comme une pointe de provocation à parler de plan de développement ces temps-ci. Au mieux, votre interlocuteur s’esclaffe avant de blêmir quand il comprend que vous êtes sérieux. Mais il va falloir qu’il s’y habitue. Non content d’être sérieux, nous sommes pugnaces et ambitieux.

Nous voulons que les arts et la culture dans l’espace public prennent enfin la place qu’ils méritent et nous nous battrons pour empêcher que des logiques purement économiques assèchent les esprits et réduisent le débat à peau de chagrin.

Et soyons clairs, il ne s’agit pas de provoquer pour provoquer mais bel et bien de mettre en lumière nos atouts : la diversité de nos propositions, leur pertinence artistique, notre créativité, la capacité à jouer partout et pour tous, notre mobilité, la gratuité des spectacles, l’implication du public que nous plaçons au cœur de la réflexion sur nos pratiques, et un formidable vivier d’artistes et d’opérateurs.

Pour cette mise en lumière, nous devons œuvrer pas à pas, et être solidaires des batailles sur le terrain auprès des collectivités et avec les fédés régionales. Nous devons inciter les politiques publiques à lutter contre le sous-financement persistant de notre secteur, à lutter contre la fragilité de nos compagnies et de nos lieux de fabrique, à encourager la diffusion et défendre une rencontre régulière et inventive entre des artistes et une population. L’objectif étant de donner à ce secteur sous-accompagné les moyens de se développer à la mesure de son potentiel.

Il ne tient qu’à nous de partager nos richesses.

Laetitia Lafforgue, Présidente de la Fédération Nationale des arts de la rue.

Edito de Pierre Prévost

On a tendance à l’oublier mais le premier président de la Fédération fut une présidente : Hervée de Lafond, laquelle apporta, en ces temps où les fondateurs créaient la Fédération avec une certaine auto-dérision, une touche libertaire et foutraque inimitable.

Depuis, la Fédé, en même temps qu’elle prenait de l’ampleur, de l’importance et de la nécessité, n’a connu que des présidents jusqu’au 23 avril dernier avec l’arrivée d’une nouvelle présidente mais aussi d’une nouvelle génération, attestant de la santé et du renouvellement de nos troupes. C’est une excellente nouvelle, d’autant que Laetitia Lafforgue, aguerrie au lobbyisme territorial à travers sa présidence d’Ile de France, nous amène toute son expérience et sa pugnacité.

Certains parlent de révolution. Un bien grand mot quand il s’agit d’une évolution saine, souhaitée, normale… mais, au-delà, on peut dire que cette élection concrétise une transformation avérée de la Fédération, initiée il y a quelques années, notamment avec la création des Fédérations Régionales, et qui nous a fait passer d’un « club » à un véritable « mouvement ». Un mouvement qui, au fil des années, a su prendre sa place, se faire entendre, obtenir des dispositifs et des accompagnements, un mouvement qui a dépassé sans doute les ambitions premières de ses fondateurs, mais dont on devra toujours se poser la question : quoi en faire ? Comment en faire un outil efficace sans être prépondérant, une structure organisée sans perdre ce côté « excessif » et libertaire qui fait le renom et la singularité de notre métier ? Faut-il s’ouvrir ou se refermer ? Nos problèmes sont-ils isolés ? Faut-il penser large ou lutter serré ? Des questions qui ont été abordées lors de l’AG et que le nouveau CA qui en a émergé devra se coltiner.

Au-delà, si nous avons changé, nos conditions de travail ont-elles évolué ? Si on regarde de près, bien peu. Certes la demande a augmenté, mais l’offre s’est démultipliée. Nos productions les plus originales et risquées tournent essentiellement pendant leur cycle de création – c’est-à-dire essentiellement sur des fonds d’aide à la création -, et bien peu après. A contrario, les créations qui tournent, le plus souvent auto-produites et calibrées pour une diffusion large, et qui se proposent de répondre à la plupart des demandes qui nous sont faites, animatoires, sociétales, festives ou territoriales, se font sur cette niche une concurrence chaque jour plus intense sur fond de baisse budgétaire. C’est un carnage. Restent les actions territoriales, les projets in situ, qui progressent et s’installent dans la vie des compagnies mais ne sauraient représenter le nec plus ultra de notre vie artistique. En bref, nous nous multiplions, nous multiplions nos actions, mais les budgets peinent à suivre. Ergo un sournois appauvrissement de nombre de nos structures.

Cependant, nous avons pris une place non-négligeable dans le paysage culturel et politique – malgré les réticences persistantes de nombre de pontes -. Nous sommes parvenus à faire entendre notre voix au plus haut niveau et à partager des convictions dans lesquelles nombre d’acteurs culturels reconnaissent les leurs. Communes et territoires sont de plus en plus convaincus de la pertinence de nos modes d’actions et de manifestation pour dynamiser leurs populations.

L’idée d’Art de la Rue grandit à l’étranger et nos compagnies en sont les ambassadrices reconnues et respectées. Nous avons des billes. Un joli sac de billes. Et il y a encore de jolies parties à en tirer… Ce pourquoi, et malgré la conjoncture, je reste très optimiste quant à notre avenir, et très confiant dans cette nouvelle équipe qui vient de se faire élire, et dans sa présidente, pour nous faire avancer plus avant et poursuivre cette excitante saga que nous partageons tous.

Pierre Prévost, Président sortant de la Fédération nationale des arts de la rue


VidéoZap

videozap

Sites favoris


1 site référencé dans ce secteur